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  • Illustration retravaillée d'une photo de Angkor Wat

    8 ans après le voyage le plus incroyable de ma vie, je retourne demain au Cambodge, un pays dont la culture m’a fasciné, la bienveillance des gens m’a presque troublé, et aux expériences culinaires toujours plus délicieuses. Depuis la préparation du voyage, je n’ai fait qu’évoquer (un peu pour le running gag) les fameuses mygales frites de Skuon. Sans aucun doute l’une de mes plus belles découvertes. Il y a quelques mois, j’ai alors convaincu quelques amis de choisir le Cambodge comme destination de voyage. 

    Aujourd’hui, c’est l’occasion de redécouvrir des photos que j’avais faites du pays, juste avant la mousson, en pleine sécheresse. Ce vendredi, à mon arrivée, ce sera l’occasion d’en découvrir ses paysages verdoyants, alors que la mousson prend actuellement peu à peu fin. Tout est en ordre : les étapes du voyage préparées avec mon meilleur ami passionné de voyages et la valise. 

    On n’oublie rien : même l’anti-moustique alors que je ne me fais presque jamais viser par ces petits insectes qui insupportent tout le monde. Dans ma jeunesse en Guadeloupe, c’était ma sœur qui était dans leur viseur, m’épargnant des dizaines (centaines) de boutons dont elle écopait quotidiennement. La dernière fois au Cambodge : rebelote. C’est l’ami qui m’avait accompagné qui faisait office de nid à moustiques. Moi ? Un bouton visible durant nos deux mois de voyage. À tel point que j’avais arrêté de prendre le médicament contre le paludisme (à ne pas reproduire chez vous).

    En réalité, les seuls médicaments dont j’avais besoin, je ne les avais pas encore. Je me rappelle de ce voyage car il a constitué le premier marqueur visible de ma bipolarité auprès de mes proches. Ses manifestations ont explosé dès mon arrivée, au point que je ne puisse plus rien masquer. Le stage aurait pu tourner à la vinaigrette (et je ne parle pas de salade), mais ma mère et mes professeurs se sont mobilisés pour me sauver in extremis et me permettre d’achever le stage et d’obtenir mon diplôme.

    L’arrivée en terres inconnues

    Ce qui m’avait frappé le plus en arrivant, c’était la chaleur intense du soleil sur ma peau. Il ne suffisait que de quelques secondes pour être en sueur tant l’humidité y était forte. Dès l’ouverture des portes de l’avion, on pouvait ressentir cette chaleur étouffante qui atteignait presque les 50 °C entre 14 et 16h. J’avais été habitué à la chaleur ambiante de la Guadeloupe, mais j’avais trouvé là un autre niveau qui battait les records de température des canicules françaises. Sauf que là, c’était pendant deux mois. Les Cambodgiens étaient donc pour beaucoup habillés de ce qu’ils appelaient des pyjamas : des vêtements amples et doux, qui laissent respirer le corps et n’agressent jamais la peau.

    La deuxième chose qui m’a marqué au point que ça en est devenu un running-gag lorsque j’utilise mon script sur le Cambodge pour sociabiliser, c’était l’odeur. Arrivé à l’aéroport, à l’ouverture des portes de l’avion, une odeur presque nauséabonde s’est répandue. Elle est liée en fait à la pollution ambiante, mais aussi aux sources de chaleur employées pour cuisiner dans les foyers, et la forte humidité du pays. Heureusement, on s’y fait très vite. Mais moi étais presque entièrement hyposensible à l’odorat jusqu’à mes 27 ans, j’étais surpris de remarquer cette odeur.

    Quand ce n’était pas la chaleur, c’était le froid. Les douches du centre où on était hébergés ne disposaient que d’eau froide. Je peux étrangement résisté à de très faibles températures en t-shirt, mais j’ai toujours été frileux sous l’eau. Probablement à cause de l’accumulation de l’intensité du jet et de la température. Pendant 4 jours, j’ouvrais alors le robinet, et ne faisais que rincer mon corps pendant 10 secondes. J’avais l’impression d’être au Pôle Nord. L’eau brûlait mon corps tant elle était glaciale, vis-à-vis des températures externes extrêmes.

    Il sera aussi temps de retrouver la mousson et sa pluie effrénée qui fouette le visage de chacune de ses gouttes d’eau qui tombent comme une tempête. J’ai pu y goûter quelques-uns de ses instants lors de mon premier voyage. Loin des averses incessantes qu’on peut imaginer, elles restent impressionnantes, inondant en quelques minutes les paysages et forçant à se mettre à l’abri.

    Photo vue d'un Tuk-Tuk

    J’avais effectué ce voyage de deux mois dans le cadre de mon stage humanitaire de fin d’études. On donnait alors des cours de français et de programmation à des étudiants. Expérience parfaitement dépaysante : la semaine, on vivait parmi eux, on apprenait à cuisiner comme eux, et on se débrouillait pour communiquer avec eux malgré la frontière de la langue. On donnait en fait des cours de français à des Cambodgiens qui ne parlaient pas un mot d’anglais. On s’aidait alors d’un traducteur, un jeune étudiant qui était le seul à parler anglais.

    Un peuple qui ne dit jamais non

    Comme c’est un peuple qui ne dit jamais non, pour la petite histoire, on s’est retrouvés un jour à expliquer une notion de programmation, avons fait une pause et regardé l’étudiant en attendant qu’il traduise. Rien. On lui avait alors demandé s’ils avaient compris. Un grand sourire accompagné d’un « oui » en guise de réponse alors qu’on avait bien vu qu’il n’avait rien expliqué. Ça nous a longtemps amusés.

    Ils ne disaient jamais non à rien. On dormait sur un matelas de moins d’1 cm posé sur des planches de bois, qu’on sentait sur nos corps lourds épuisés de la journée. On s’y est cependant rapidement fait, surtout lorsqu’on a appris que c’était en fait les matelas d’autres étudiants, qu’ils nous avaient donnés pour ne pas trop nous dépayser. On n’était pas payés pour le stage, mais on était logés gratuitement, avec en plus une moustiquaire (que j’avais arrêté d’utiliser après les premiers jours). Le rêve (sans ironie).

    Tous les Cambodgiens que j’ai croisés avaient ce grand sourire et étaient ravis de rencontrer des étrangers, d’autant plus lorsque ces étrangers étaient ouverts à apprendre et partager avec eux des expériences. L’un des professeurs nous a même fait une visite guidée de Phnom Penh à notre arrivée, et nous a proposé des dégustations toujours plus étranges.

    Photo du village flottant

    Cuisine et dégustations diverses

    Un petit retour sur la cuisine car l’ironie, c’est que je ne sais même pas vraiment cuisiner des plats locaux. Pourtant, là-bas, j’ai appris en communiquant avec eux par des signes, en apprenant d’eux, et ils étaient toujours patients avec nous. Découvrir des plats, c’est probablement ce qui m’a le plus marqué entre le célèbre Lok Lak (à l’origine vietnamien), le moins célèbre Amok Fish (une sorte de curry à base de lait de coco) et le Morning Glory (un plat à base de liserons d’eau), mais surtout la dégustation d’insectes. 

    J’ai goûté à tout ce que je pouvais trouver. Avec encore une fois ce souvenir des mygales frites, dont les pattes croustillantes ont goût de cacahuète et le corps moitié-cacahuète, moitié-crevette. Même mon ami qui était complètement dégoûté par ces insectes a fini par sauter le pas et prendre du plaisir à les manger (les insectes sont le futur de la cuisine donc préparez-vous). Tout se mange en fait comme des chips et est succulent, il suffit de fermer les yeux et se lancer, pour les plus craintifs.

    Criquets frits

    Le chaos cambodgien

    J’ai encore souvenir du chaos sensoriel des routes bruyantes, observant des Cambodgiens à quatre sur un scooter avec une machine à laver sur le dos. Une situation absurde en France, normale là-bas. Plus ça allait, plus j’en comprenais les règles : à l’inverse de l’Occident, plus on est gros sur la route, plus on a la priorité. C’est ainsi que je voyais les piétons traverser avec prudence une route, les Tuk-Tuk et scooters éviter les voitures, et les voitures se frayer un chemin entre deux bus ou camions. C’était le chaos, mais un chaos ordonné. Seulement sans les règles classiques auxquelles nous sommes habitués.

    Le Cambodge, c’était un peu comme mon chaos bipolaire ou mon chaos sensoriel : tout semblait illogique, mais tout obéissait à une forme d’ordre interne. Que ce soit la prostitution illégale mais tolérée, avec des travailleuses du sexe qui font des signes ouvertement à la sortie des bars, les routes, la vente de stupéfiants à 100 mètres du palais royal qui est le deuxième travail des Tuk-Tuk ou encore la corruption très commune dans la police.

    Les temples d’Angkor, ce que j’ai vu de plus beau

    Ce voyage qui commence demain sera l’occasion de retourner voir les temples d’Angkor, l’une des plus belles merveilles qu’il m’ait été donné de voir. Ils sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui finance sa restauration. Certains temples ayant fusionné avec la forêt, c’est un vrai spectacle dont j’ai tiré certaines de mes plus belles photos. Certains temples sont encore perdus et sont découverts régulièrement, souvent à l’aide de drones. Je trouve ça fou.

    J’ai découvert certains des plus beaux temples cachés dans la forêt, forçant notre Tuk-Tuk qui préférait les sentiers populaires. Et quelle bonne surprise ça a été, de se plonger dans un monde où civilisation éteinte et nature ne faisaient plus qu’un. Mousse sur les murs, rayons du soleil masqués par les grands arbres.

    La barrière de la langue

    Mais le Cambodge, c’était aussi immerger mon ami dans les mêmes problèmes qui m’accompagnent au quotidien : entrer dans un monde où personne ne parle la même langue, et devoir jongler avec les signes et onomatopées diverses pour se faire comprendre. Un beau défi même si on était partis armés avec quelques mots, notamment les chiffres (ce n’est pas bien compliqué, c’est en base 5 ; 6, c’est en fait cinq 1, et 7, cinq 2 etc.). En fait, j’étais libéré de la parole et pouvais me concentrer sur les visages, les intonations.

    Car compter c’était important : je me suis retrouvé dans le marché central de Phnom Penh, la capitale, à devoir acheter un briquet « d’avant guerre » qu’un homme voulait nous vendre 45 dollars. On lui en a proposé 5 euros, il a refusé donc on est partis avant qu’il nous court après pour faire sa vente sans nous escroquer. Marchander, c’est monnaie courante (jeu de mot involontaire) au Cambodge. Surtout quand on n’a pas la couleur de peau locale et que les vendeurs ne se gênent pas pour vendre tout et n’importe quoi au décuple du prix. Mais ça peut mettre très mal à l’aise quand on sait n’avoir pas du tout le même niveau de vie que la majorité des locaux. Mon but dans ce voyage, c’était de profiter au maximum du mode de vie cambodgien, ne gardant les hôtels « de luxe » pour le week-end, qui ne coûtaient pas plus de 10 euros.

    Photo de Cambodgiens

    Le chaos de la bipolarité au Cambodge

    J’aime le Cambodge pour l’ordre que j’y trouve dans son chaos, et le bijou culturel qu’il représente. J’en ai cependant un souvenir biaisé. J’y suis arrivé dans un état dépressif et avais failli annuler le voyage au dernier moment. Le choc des cultures n’a pas aidé : mon moral a peu à peu sombré, au point que j’ai souhaité rentrer chez moi après deux semaines. Je ne savais pas encore que j’avais un trouble bipolaire. Je restais des journées entières allongé, à fumer en silence, sous le regard impuissant des étudiants. Même mon ami qui découvrait ma dépression ne savait plus quoi faire.

    Les problèmes auxquels j’ai fait face ont finalement pris fin après des mois de dépression. C’est une Cambodgienne qui travaillait en collaboration avec le centre qui m’a sauvé la mise en prenant un billet d’avion. Et je suis entré en épisode hypomaniaque. Je dépensais alors sans compter dans un pays où un repas équivaut à 15 sorties en restaurant en France. Je passais mon temps dans les bars, à rencontrer d’autres étrangers et à partager de bons moments avec les Cambodgiens. J’ai d’ailleurs failli me faire renverser la première fois que je me suis essayé au scooter. J’évoquais plus haut le chaos : c’était aussi ma réalité quotidienne pendant ce voyage. Le chaos d’une bipolarité qui était sur le point d’être diagnostiquée.

    Bref, ce voyage, il m’a fortement marqué, je ne l’oublierai jamais au point que j’étais très attristé lorsqu’on a quitté le centre, car il fallait revenir à la réalité occidentale, et quitter des personnes qui m’avaient tant appris et qui avaient su prendre leur temps avec les galères qui m’accompagnaient. Un peuple formidable, des paysages incroyables, une cuisine fascinante, et un climat de rêve. 

    Moi de nuit devant la rivière de Kampot
    De nuit, au bord de la rivière Prek Kampot

    Cette fois, ce sera différent : je suis théoriquement stabilisé — ou du moins, mon hypomanie latente semble contenue.

    Après-demain, c’est le grand retour dans ce pays dans lequel je finirai peut-être mes jours. Et je vais le découvrir avec un regard neuf. Surtout, je vais partager cette expérience avec mes amis les plus proches, ceux qui ne m’ont pas lâché lorsque mon masque social est tombé. Et je partagerai cette expérience avec vous dans les prochains 25 jours : ce que c’est qu’être à l’étranger quand on est autiste et bipolaire (en pleine instabilité de l’humeur depuis près de 9 mois (tiens, ce sera peut-être le moment de renaître)).

    📸 Photographies personnelles prises lors de mon premier voyage au Cambodge, en 2017.

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    Par Florent

    Flo, développeur et cinéphile. Autiste et bipolaire, je partage ici mes cycles, mes passions et mes découvertes sur la neurodiversité.

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