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  • Illustration d'une personne euphorique en plein flux créatif extrême

    Cet article fait suite à celui décrivant la graphorrhée. En août 2019, le gérant de Nintendo-Master.com (que j’ai refondu entièrement puis quitté cinq ans avant) m’appelle à la rescousse : le site s’effondre en nombre de visites, rencontre une panoplie de bugs et mérite une nouvelle révision. Je viens de me faire hospitaliser pour la première fois et ai développé un épisode maniaque complet. Par amour du site, je saute sur l’occasion : il est temps de remettre à profit de ce que je sais faire. En garde !

    📋 TL;DR : En quelques mots

    • La manie ne crée pas la créativité, elle enlève les barrières.
    • L’autisme structure et affine l’expression.
    • Ensemble, ils produisent une créativité intense… mais parfois chaotique et coûteuse.

    La suite ? Je me mets à programmer du lever au soir. Sauf que le lever, c’est 6h du matin, et le soir, 3h le lendemain matin. L’hôpital n’arrive pas à me stabiliser, change plusieurs fois de traitement, et mon sommeil s’en trouve bousculé. J’en deviens ultra-productif. C’est exceptionnel, car la manie a pour habitude de me désorganiser complètement (et elle va le faire, dans un sens) au point de multiplier les projets et ne jamais les finir. Quand elle touche à mon intérêt spécifique en revanche, ça se manifeste par une rapidité de production extrême.

    En quelques jours, en quelques semaines, j’avais produit une quantité de travail extrême. Le travail était bien fait : des scores incroyables sur les outils de testing de performances, des scores incroyables d’optimisation et des scores incroyables de lisibilité. Google classait mon travail comme une certaine perfection et cela me ravissait. Non, cela génialisait ma confiance en moi. Tout ce que je faisais fonctionnait et fonctionnait si bien que ça dépassait le commun des mortels des autres sites internet. J’étais ravi. Mais à un prix.

    Une qualité réelle discutable

    Je n’ai jamais eu l’occasion de revoir le code que je délivrais. J’ai juste eu l’occasion d’en estimer sa qualité. Mais la manie a son impact et a eu son impact. Tout ce que j’écrivais devait être vu sous ce prisme. Sans forcément avoir de failles de sécurité, il fallait imaginer que le code restait imparfait. Traité à la chaîne, sans jamais être relu, sans jamais me poser la question de sa beauté. C’était effectif, fonctionnel, mais ça manquait de prestance, de la manière ultra-propre que j’avais apprise à coder par moi-même sans suivre de cours. C’était imparfait.

    La graphorrhée dans tout ce travail

    On pourrait se demander ce que vient faire le code dans cet article sur la créativité. C’est parce que je délivrais aussi une nouvelle interface, le rendais plus propre, plus esthétique et ergonomique. Je mettais ma créativité au profit de cette nouvelle version visuelle du site qui allait décupler le nombre de visites après avoir été déployée. Je n’avais jamais rendu un travail visuel aussi réussi (pour ceux qui iraient regarder le site, il n’est maintenant plus du tout aux normes, il faut l’imaginer sous le prisme de 2019).

    Capture d'écran de la page d'accueil de Nintendo-Master, version de 2019
    Nintendo-Master.com

    C’est ça la manie : une ultra-productivité mais souvent au prix de la qualité. Pas toujours. Quand je me suis mis à écrire au sujet de mes intérêts spécifiques, je me suis découvert une capacité à créer de manière cohérente et totalement inée. Je n’avais pas besoin de penser avant d’écrire. J’écrivais ce que je pensais. Et ça fonctionnait. La manie libérait ma créativité, elle ne la créait pas. C’était la graphorrhée.

    Me penser créatif uniquement en épisode maniaque

    C’est ce que j’ai pensé pendant longtemps : j’estimais être moins créatif quand je n’étais pas maniaque. Je comprenais mal la situation. En réalité, j’étais tout autant créatif. La manie ne faisait que causer la suppression des barrières (sociales notamment) et j’en venais donc à écrire sur tout type de sujet que je n’aurais pas abordé sans être maniaque. C’était fascinant, cette manière d’aborder les choses.

    Nombre de mes articles ont subi cette phase maniaque et j’ai dû alors les revisiter pour qu’ils paraissent plus consistants, plus logiques (mais j’ai laissé les traces d’idées de grandeur, pour qu’ils reflètent cet état second). En fait, la manie me donnait une avalanche d’idées. Même quand j’arrivais à court de sujet, je me réveillais en pleine nuit pour écrire ce que j’avais en tête. Mon record a été d’avoir écrit 50 pages en une nuit, c’est extrême. Et sincèrement, il m’arrive en relisant de ne même pas comprendre l’intention dans ce que j’écrivais.

    Quand la manie désorganise les idées

    Tout ceci, c’est au prix de multiples projets jamais terminés. J’ai eu des idées de livres que j’ai entamés et qui n’ont jamais vu le jour (mais qui le verront tôt ou tard). La créativité à l’origine est incontrôlable et m’a poussé à l’épuisement complet.

    La réalité, c’est que dans tous ces écrits, on pouvait comprendre que quelque chose de tournait pas rond dans ma tête. J’avais plein d’idées lumineuses mais souvent incompréhensibles au regard extérieur. Une amie autiste m’a félicité pour un texte qu’elle avait trouvé très drôle en le comparent au début de mon livre qu’elle jugeait beaucoup moins lisible. Dans mon esprit, ça avait pourtant un sens que j’étais le seul à identifier.

    Une créativité réelle, pas seulement maniaque

    Autre chose que la manie n’a pas créé et qui participait à ma patte artistique : beaucoup de mes écrits étaient teintés de sensorialité. J’y décrivais la lumière, les textures, les sons, mélodies et odeurs. Parfois avec une grande précision. Qu’importe mon état mental, cette précision transparaissait partout. La précision du détail, la précision du choix des mots, la précision de la ponctuation. Cette précision, cette sensorialité, elles sont pleinement autistiques. 

    La manie guidait mon flux de pensées impossible à arrêter.
    L’autisme guidait ma plume.
    La manie brisait mes barrières créatives.
    L’autisme choisissait les mots justes.

    Ensemble, ils composaient une étrange symphonie : l’un improvisait sans fin, l’autre harmonisait.
    Étonnante, parfois chaotique, mais toujours singulière.

    Par Florent

    Flo, développeur et cinéphile. Autiste et bipolaire, je partage ici mes cycles, mes passions et mes découvertes sur la neurodiversité.

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