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  • Représentation d'un état euphorique maniaque

    L’épisode maniaque, c’est pour tous les bipolaires type I la suite logique de l’épisode hypomaniaque. Le sommeil est réduit drastiquement et l’énergie se décuple. La personne semble agir de plus en plus anormalement. Alors que l’hypomanie peut passer plus inaperçue, l’épisode maniaque altère complètement le fonctionnement de la personne bipolaire. La personne semble extrêmement euphorique, rit très facilement, fait des jeux de mots, passe du coq à l’âne, démultiplie les projets, a des idées de grandeur et dans les cas les plus sévères, peut décompenser (psychose).

    📋 TL;DR : La manie en bref

    • 🌪️ Manie = suite de l’hypomanie, mais en version extrême.
    • 😴 Sommeil quasi nul, énergie illimitée.
    • ⚡ Euphorie, idées de grandeur, comportements risqués.
    • 🌀 Possibles délires et hallucinations (psychose).
    • 🏥 Souvent nécessite une hospitalisation.
    Tableau comparatif de l'hypomanie et la manie
    Hypomanie vs Manie

    Les critères du DSM-5 spécifiques

    L’épisode maniaque se caractérise par les mêmes symptômes que l’épisode hypomaniaque. Ce qui le distingue, c’est son intensité et son caractère handicapant. Quand tous les symptômes explosent tellement qu’ils rendent le patient totalement dysfonctionnel, qu’ils nécessitent une hospitalisation ou qu’ils présentent des caractéristiques psychotiques, l’épisode est automatiquement qualifié de maniaque. La psychose, c’est lorsque l’épisode maniaque présente une rupture totale avec la réalité : délires et hallucinations. Ce sont les critères de diagnostic du DSM-5 (le manuel de diagnostic des troubles mentaux) pour distinguer une hypomanie d’une manie. Si le diagnostic était un type II, il est rediagnostiqué en type I. C’est pourquoi certains patients sont diagnostiqués type II à tort avant de recevoir un nouveau diagnostic. 

    Comment est traité l’épisode

    Malheureusement, la nature du trouble peut influencer la manière dont il est traité. Notamment par des antipsychotiques dans le type I qui jouent en plus un rôle de régulateur de l’humeur. Les régulateurs de l’humeur classiques ne suffisent souvent pas à stabiliser une personne bipolaire de type I. Donc SI antipsychotique absent → épisode maniaque à risque → psychose. Une étude rappelle que 50 à 75 % des personnes bipolaires feront l’expérience d’un épisode psychotique dans leur vie. Une autre étude publiée en 2022 mentionne un taux de 57 % de caractéristiques psychotiques en manie et 13 % en dépression. Ça explique l’importance de poser le bon diagnostic.

    Transition d’une hypomanie vers une manie

    La transition vers un épisode maniaque n’est souvent pas subite. Des signes apparaissent, notamment la perte totale de l’insight (la perte de conscience de son état mental expliquée dans mon article sur l’hypomanie). Elle n’est pas systématique (je suis souvent capable d’identifier être en épisode lorsque mes symptômes deviennent trop intenses) mais courante. Et même lorsque l’insight est présent, l’épisode se manifeste souvent par un refus total de l’aide extérieure. La personne pense simplement aller très bien. Cela peut découler de l’arrêt des traitements qui peut amplifier la nature de l’épisode.

    Dans un épisode maniaque, on observe aussi souvent une désorganisation du comportement. Le malade se disperse, passe sans arrêt d’une activité à une autre, s’adonne à des achats compulsifs extrêmes, à des comportements sociaux inappropriés (parler trop fort, hypersexualité, agressivité) et à un rythme de vie chaotique (perte des repères temporels pour dormir, manger et hygiène négligée). Elle est complètement dysfonctionnelle.

    Femme maniaque qui court frénétiquement entourée d'éclairs et de couleurs

    Mon témoignage d’un virage maniaque

    Je passe parfois par l’hypomanie avant d’entrer en manie et parfois, le virage est net. Je peux vriller en moins de 48h même si quelques signes sont souvent présents jusqu’à quelques semaines avant. Et plus je fais d’épisodes, plus le virage est rapide. C’est le disjonctage total. Je passe d’une bonne dizaine d’heures de sommeil nécessaires (12 si j’ai eu des interactions sociales intenses la veille) à moins de 3 ou 4 heures. L’euphorie me gagne rapidement et s’intensifie en l’espace de quelques heures. Ultra productif. Puis dispersé. Puis contreproductif. Je peux rester des heures à boire du café en continu et fixer un motif en me laissant envahir par des vagues d’énergie électriques qui parcourent tout mon corps. Continuer de prendre mes traitements ? Du passé. Faire tout pour maintenir stable mon instabilité ? Un objectif.

    On est donc loin de l’épisode hypomaniaque. C’est une toute autre dimension qui interdit au patient la liberté de contrôle de son propre corps. Il se laisse souvent guider par un état de conscience complètement modifié.

    Les différences majeures avec l’hypomanie

    L’épisode maniaque se distingue donc par l’intensité des symptômes. Un patient qui multiplie ses dépenses en épisode hypomaniaque reste généralement sous contrôle. Dans un épisode maniaque, les dépenses deviennent souvent massives jusqu’à atteindre parfois plusieurs (dizaines de) milliers d’euros parfois en seulement quelques semaines voire quelques jours.

    La personne maniaque est également sujette à des comportements extrêmement risqués, qu’il s’agisse de multiplier ses partenaires sexuels sans protection ou de conduire dangereusement sur la route. À titre d’exemple, j’ai abandonné l’idée de conduire par peur du virage maniaque. Conduire maniaque a découlé en un accident qui aurait pu avoir des conséquences dévastatrices. Quand je conduisais dans cet état, je voyais les feux tricolores comme un frein et n’hésitais pas à les griller ou à briser toutes les limites de vitesse en essayant de battre mes propres records. L’épisode maniaque provoque une recherche de stimulations et d’adrénaline constante.

    L’épisode maniaque m’a plusieurs fois conduit à l’hôpital alors que je reste normalement fonctionnel quand je suis hypomaniaque. Quand un patient est diagnostiqué et l’entourage averti, un épisode hypomaniaque peut souvent être identifié mais c’est l’épisode maniaque qui marque le plus. Quand je n’étais pas amené à l’hôpital, c’est parce que j’échappais de justesse à la police et que mes proches n’étaient pas là pour observer le phénomène. Un phénomène qu’il convient de détailler.

    Courbe de progression Hypomanie, manie, psychose

    L’épisode maniaque en détail

    L’épisode maniaque se distingue par divers symptômes observables au regard extérieur.

    Ses symptômes phares

    La perte de l’insight

    J’ai parlé plus haut dans cet article et l’ai détaillée dans mon article sur l’hypomanie : la perte de l’insight est un des symptômes les plus courants en épisode maniaque. Il s’agit là de la perte de capacité de juger son propre état mental, en l’occurrence de la manière anormale dont la personne victime agit et pense. Le patient n’est plus conscient qu’il est malade et rejette souvent toute confrontation à ce sujet. Dans son esprit, il va bien et n’a pas changé.

    L’accélération de la pensée

    C’est ce qu’on appelle la tachypsychie souvent accompagnée d’une fuite des idées. Les idées semblent fuser comme un flux incessant d’idées qui se superposent et empêchent la personne de se focaliser sur une pensée. Ce flux est très envahissant et peut être perçu à la fois comme euphorisant ou angoissant, notamment lorsque l’épisode gagne en intensité. En découle aussi une volubilité extrême : la personne ne s’arrête pas de parler et peut enchaîner les discussions sans jamais fatiguer.

    Elle monopolise souvent les discussions autour de sa personne. Alors que la personne autiste est autocentrée, la personne bipolaire peut sembler égocentrique. Pour en faire l’expérience, je peux décrire la tachypsychie comme un flux de pensées interminables et ultra rapide qui se bat avec une mélodie qui joue sans arrêt en arrière-plan. Les idées se confrontent pour essayer de prendre la première place mais mon cerveau ne sait plus les trier correctement.

    Les idées de grandeur

    La frontière est fine entre de simples idées de grandeur, qui forment un critère diagnostique fondamental de la manie, et les délires de grandeur, auxquelles elle peut être amenée. La personne qui en fait l’expérience a de grands projets et se pense souvent invincible, elle a souvent le sentiment de se sentir comme un dieu. Quand elle perd totalement contact avec la réalité et n’a plus que ces idées en tête, on parle alors de psychose.

    Homme euphorique qui se regarde dans le miroir, il y a une couronne sur sa tête dans le reflet (idées de grandeur)

    La psychose

    C’est la conséquence extrême des épisodes maniaques les plus sévères. On estime qu’entre 40 et 60% des patients maniaques décompensent. La psychose, dans la bipolarité, est un symptôme de la manie. Elle inclut des hallucinations et des délires. Les délires les plus communs sont les délires de grandeur, de mission, de référence et l’érotomanie (croyance erronée qu’une personne est amoureuse de soi).

    Je décompense presque systématiquement quand je suis maniaque, notamment dans des délires de grandeur (mon premier épisode incluait l’idée que j’étais l’une des personnes les plus intelligentes de la planète et que j’étais destiné à régler la faim dans le monde) et des érotomanies qui m’ont donné la conviction qu’une femme était follement amoureuse de moi (accompagnés de croyances erronées que j’avais des sentiments pour elle). La sensation d’être « fou » m’a été traumatisante à plusieurs reprises.

    L’arrêt des traitements

    L’épisode maniaque inclut aussi souvent l’arrêt des traitements. La prise non régulière des traitements est déjà élevée (entre 30 à 50% des patients) et s’élève encore en épisode maniaque. Le processus selon lequel il se produit se présente comme ceci :

    Épisode hypomaniaque déclenché → non détecté → intensification progressive de l’épisode → virage maniaque borderline → arrêt du traitement → explosion des symptômes.

    C’est une expérience vécue à de multiples reprises puisque j’arrête presque systématiquement tous mes traitements en début d’épisode maniaque, souvent pour doper l’épisode. C’est un de mes premiers signes que ça ne va pas (ou que ça va un peu trop bien) car habituellement, je fuis l’épisode bipolaire comme la peste. La logique veut que le patient considère souvent n’avoir plus besoin d’aide et parfois d’aller simplement bien et donc n’avoir plus besoin de traitement.

    Il peut aussi les arrêter tout simplement pour amplifier son état euphorique (c’est souvent mon cas) car la manie est fourbe : elle fait croire à la personne bipolaire qu’elle restera toujours dans cet état. Essayer de la ramener à la raison en mentionnant la dépression est donc souvent vain.

    Illustration d'un pilulier barré avec un homme euphorique qui court dans le fond, image colorée
    Homme euphorique qui ne prend plus ses traitements

    Ses conséquences

    La dépression 

    Comme l’hypomanie, la phase maniaque mène souvent inévitablement à la dépression. Le crash en est encore plus brutal. C’est normal, le cerveau a épuisé tous ses neurotransmetteurs et a dépassé le seuil normalement tolérable de quelqu’un de normalement constitué. Il faut comprendre que la personne bipolaire peut tenir des semaines et des mois entiers avec un sommeil radicalement réduit. Quand toute l’énergie est épuisée, le cerveau plante et crash en dépression.

    Ce n’est donc pas seulement l’épisode maniaque qui doit être traité mais aussi l’épisode dépressif qui s’ensuit couramment. Pour avoir vécu des crashs extrêmement brutaux, et pour en être venu à détester la manie, j’encourage vivement les personnes atteintes de type I à trouver des stratégies et ne pas perdre espoir. Avec l’habitude et un traitement adapté, les épisodes maniaques peuvent être évités ou contenus afin de prévenir les épisodes dépressifs.

    L’hospitalisation

    Déjà évoquée, l’hospitalisation est souvent nécessaire lors d’un épisode maniaque afin de traiter le plus rapidement et au mieux le patient. L’hospitalisation peut être une expérience traumatisante pour beaucoup en plus du sentiment de honte qui peut accabler les patients en sortant. Dans les cas les plus sévères, elle peut aussi résulter en contention mécanique, ou plus directement, attacher le patient au lit. Elle se produit lorsque le patient est trop agité pour être contenu ou lui empêcher de se faire du mal. Elle se fait (normalement) en dernier recours et a une durée limitée.

    Elle n’est possible que dans les hospitalisations sans consentement. Ce cadre est formalisé dans une page dédiée du Ministère des Solidarités et de la Santé. Des témoignages trouvables dans les ouvrages et sur internet, et d’une amie à moi, l’expérience est parfois si traumatisante qu’évoquer l’idée leur est dérangeant.

    Mon autisme est fortement influencé par mes épisodes maniaques.

    L’autisme et la manie

    Contrairement à l’hypomanie qui se manifeste par une intensification de mes traits autistiques, l’épisode maniaque les détruit presque tous, à l’exception du stimming. Ainsi, je perds mes routines (la douche devient optionnelle), je n’ai plus de rituels et mes hypersensibilités sensorielles s’envolent. Je peux sortir en plein soleil sans lunettes et naviguer un monde social bruyant sans être agressé dans les oreilles. C’est aussi un de mes symptômes principaux qui m’alerte parfois sur mon état.

    Le stimming est la seule chose qui se maintient. C’est logique car il a pour objectif la régulation sensorielle mais aussi émotionnelle. Dans un contexte où toutes les émotions sont décuplées, le stimming est donc une stratégie de mon cerveau autistique que mon cerveau bipolaire maintient.

    Selon un article de Spectrum News, jusqu’à 30 % des enfants diagnostiqués d’un trouble bipolaire seraient également autistes.

    Les stratégies de compensation

    J’ai déjà détaillé mes stratégies de suivi dans mon article sur l’hypomanie (application de suivi des humeurs, sommeil, etc.). En manie, ces outils deviennent souvent inefficaces car je perds toute capacité d’auto-évaluation.

    En hypomanie, ça peut encore m’aider à me repérer. En manie, je n’y arrive plus, les données que je note sont fausses ou absentes.

    📋 TL;DR : Retenir l’essentiel

    • La manie est la version extrême de l’hypomanie, propre au trouble bipolaire de type I.
    • Le sommeil s’effondre, l’énergie explose, la désorganisation est totale.
    • Euphorie, tachypsychie, idées de grandeur et comportements risqués dominent.
    • Risque majeur : perte de l’insight, délires, hallucinations (psychose).
    • Souvent déclenchée par l’arrêt des traitements, elle nécessite généralement une hospitalisation.
    • Après la phase maniaque survient un crash brutal en dépression sévère.
    • Impact massif sur la vie sociale, financière, professionnelle et la sécurité personnelle.
    • Dans mon cas, mes traits autistiques disparaissent presque tous, sauf le stimming.
    Femme heureuse tenant une boîte de médicaments avec un soleil derrière elle, symbole d'espoir
    Femme tenant une boîte de médicaments, l’espoir d’une stabilité

    La manie n’est qu’une illusion euphorique. Elle est dévastatrice. C’est pourquoi apprendre à reconnaître les signes précurseurs et avoir un suivi adapté permettent normalement de retrouver une vie stable. C’est le combat quotidien de chaque personne bipolaire.

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    Par Florent

    Flo, développeur et cinéphile. Autiste et bipolaire, je partage ici mes cycles, mes passions et mes découvertes sur la neurodiversité.

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