• Français
  • English
  • Illustration d'un personnage déchiré entre manie et dépression (visage crispé et euphorique)

    L’épisode mixte, c’est probablement l’épisode le plus terrifiant de la bipolarité. D’aucuns vous diront que s’ils se sont mis dans les dangers les plus graves, l’épisode mixte en est probablement le précurseur. Moins de la moitié des patients bipolaires feront l’expérience d’un tel épisode au moins une fois dans leur vie. Les récits et témoignages des concernés sont à se glacer le sang. Longtemps considéré comme un épisode spécifique aux bipolaires type I, on sait maintenant que tous les types sont concernés.

    📋 TL;DR : L’épisode mixte en bref

    • 🌪️ Épisode mixte = dépression + manie/hypomanie qui coexistent.
    • ⚡ Énergie + désespoir = combinaison à haut risque.
    • 😴 Insomnie, agitation, idées suicidaires, irritabilité extrême.
    • 🌀 Dangerosité > manie ou dépression seules.
    • 🏥 Souvent nécessite hospitalisation rapide.

    L’épisode mixte associe en fait le chaos de l’épisode maniaque (ou l’euphorie de l’épisode hypomaniaque) aux symptômes de l’épisode dépressif. Si cela peut paraître insensé pour l’œil non averti, c’est une réalité pour de nombreux patients porteurs d’un trouble bipolaire. Une étude a montré que 40% des patients bipolaires feront l’expérience d’un tel épisode une fois dans leur vie. S’il n’est pas réservé aux épisodes maniaques, il est toutefois moins observé dans les épisodes hypomaniaques. Je parlerai dans ce blog d’épisode mixte par souci de simplicité mais le DSM-5 ne mentionne plus ce type d’épisode.

    La définition par le DSM

    Dans le DSM-IV

    Dans le DSM-IV et sa vision révisée en 2000, il était mentionné d’un épisode mixte qui requérait que tous les critères diagnostiques minimaux d’une (hypo)manie et ceux d’une dépression se rencontrent en même temps. Par exemple, il pouvait se définir par un patient euphorique, désinhibé et logorrhéique, mais aussi avec une tristesse constante, culpabilité, perte d’intérêt et idées suicidaires.

    Dans le DSM-5, actuellement

    Après sa publication en 2013, le DSM-5 a revisité cette appellation. Il parle maintenant de « caractéristiques mixtes » qui peuvent être associées aux épisodes hypomaniaques et maniaques, et à la dépression, qu’elle soit unipolaire ou bipolaire. Il est donc important de noter que même un patient non bipolaire en dépression majeure peut avoir des symptômes (hypo)maniaques.

    La prévalence serait toutefois nettement plus élevée chez les personnes bipolaires, notamment par les patients présentant un trouble bipolaire de type I à hauteur de 20% et de type II à hauteur de 5% d’après une étude

    Les patients unipolaires pourraient donc présenter des caractéristiques mixtes sans pour autant manifester assez de symptômes diagnostiques du trouble bipolaire. Pour la petite parenthèse, il convient de noter que ces patients ne répondent habituellement pas aussi bien aux antidépresseurs (pourtant très efficaces dans la dépression majeure) et requièrent une approche médicamenteuse proche de la bipolarité (régulateurs de l’humeur). Certains chercheurs avancent de plus en plus l’idée d’un spectre bipolaire qui influencerait les personnes dites unipolaires.

    Un document de l’American Psychiatrist Association (responsable du DSM-5) explique en quoi les critères du DSM-IV étaient trop restrictifs et rarement présentés par les patients. Le DSM-5 se veut englober un plus large panel de patients.

    Critères épisode mixte DSM-IV vs DSM-5

    La définition du DSM-5

    Dans le DSM-5, pour qualifier un épisode avec caractéristiques mixtes, il y a trois critères :

    • Présenter un épisode complet (avec ses critères diagnostiques propres) accompagné d’au moins 3 symptômes du pôle opposé.
    • Symptômes présents presque chaque jour, pendant la plus grande partie de l’épisode en cours.
    • Symptômes observables par autrui et représentant un changement notable par rapport au fonctionnement habituel.

    Il distingue aussi les critères attribuables à la pathologie de base (exemple : agitation, irritabilité à la fois présents dans (hypo)manie et dépression).

    Il faut comprendre par là que le DSM-5 a provoqué une hausse de la prévalence des épisodes mixtes, ne nécessitant plus que 3 critères opposés. Il convient aussi de noter que c’est le pôle principal qui est diagnostiqué et que les caractéristiques mixtes peuvent ne pas être constantes. Elles doivent seulement représenter la majeure partie de l’épisode. Les manifestations sont maintenant considérées comme spécifiques en fonction du pôle majeur.

    Ses manifestations

    Les caractéristiques mixtes peuvent varier en fonction de la nature de l’épisode.

    Hypomaniaque/maniaque avec caractéristiques mixtes, les plus courants

    • Pôle dominant : Exaltation ou irritabilité, estime de soi gonflée, logorrhée, hyperactivité, réduction du sommeil, prise de risques
    • Pôle opposé :
      • Humeur dépressive par moments
      • Perte d’intérêt ou de plaisir
      • Manque de sommeil mais fatigue ressentie
      • Culpabilité, dévalorisation
      • Idées de mort
    • Vécu subjectif : Le patient se sent à la fois euphorique et désespéré, passe du rire aux pleurs.
    • Risques : Épisodes très instables, très agressifs, impulsivité accrue, imprévisibilité comportementale.
    • Prévalence : Plus souvent observé chez les types I.
    Illustration d'une manie mixte
    Illustration d’une manie mixte sur fond noir (dépression)

    Dépression avec caractéristiques mixtes

    • Pôle dominant : Tristesse, anhédonie, ralentissement, fatigue, culpabilité, idées de mort.
    • Pôle opposé :
      • Logorrhée malgré la tristesse
      • Fuite des idées ou tachypsychie
      • Agitation
      • Réduction du sommeil sans fatigue
      • Impulsivité 
    • Vécu subjectif : Le patient se sent désespéré mais en même temps « sous tension », agité intérieurement, incapable de se reposer.
    • Risque : Risque suicidaire très fort car humeur effondrée mais énergie augmentée.
    • Prévalence : Plus souvent observé chez les types II.
    Illustration d'une dépression mixte
    Illustration d’une dépression mixte devant un éclair (manie)

    Mon témoignage d’un épisode mixte

    Dans un épisode mixte, je vis un chaos intérieur encore pire que le chaos maniaque. Pire dans le sens où il désorganise mes pensées, il anéantit tout espoir d’aller mieux et il oriente mes pensées vers un seul et unique objectif : devenir une machine infernale de destruction, autour de moi et envers moi. Le suicide devient la seule solution envisageable pour régler un problème qui m’est totalement incompréhensible. Je traverse toutes les émotions à la fois et suis totalement impuissant face à un épisode qui est visiblement plus puissant que la sensation d’invincibilité qui m’habite.

    J’aborderai plus en profondeur mon vécu avec un témoignage détaillé dans un futur article.

    Ses symptômes phares

    Les épisodes mixtes se distinguent de l’épisode (hypo)maniaque et l’épisode dépressif par divers critères typiquement observés chez ses victimes.

    😡 Irritabilité et colère explosive

    Après l’humeur euphorique de la manie, dans l’épisode mixte, on retrouve plutôt une forte irritabilité, une expression de la colère décuplée. Quand la manie donne une sensation électrique qui parcourt le corps, l’épisode mixte induit plus souvent une tension électrique très désagréable. La personne est « à fleur de peau », tout le temps.

    💀 Un risque suicidaire très élevé

    Les idées suicidaires sont un critère diagnostique de la dépression dans le trouble bipolaire. Le plus souvent, le (ou la) patient(e) n’a pas assez d’énergie pour passer à l’acte. L’épisode mixte induit souvent une forte énergie née du pôle hypomaniaque ou maniaque et amène donc la personne malade à être beaucoup plus susceptible d’avoir assez d’énergie pour passer à l’acte. Ces épisodes m’ont effrayé pour cette raison, ils sont le plus proche de l’idée que je me fais d’avoir failli mettre fin à mes jours.

    Si vous êtes vous-même en danger, pensez à visiter la page Aide et soutien où vous trouverez des numéros d’urgence et soutien en ligne.

    🌙 Insomnie et tachypsychie

    Lors d’un épisode mixte, la personne est souvent incapable de dormir ou n’en a tout simplement pas envie. Elle reste cependant très énergique, cela notamment en raison de sa tachypsychie. Les idées fusent et empêchent tout espoir de repos. Toutes ces idées sont noires et culpabilisantes et poussent souvent le malade à ruminer au lieu de dormir. C’est décrit comme un enfer : impossible de dormir mais impossible de s’arrêter de penser.

    🚶‍♂️ Agitation psychomotrice

    Comme dans l’épisode maniaque, le patient est sujet à une forte agitation psychomotrice qui le pousse à marcher, voire errer, sans but. Son corps semble se mettre en mouvement tout seul, même quand la personne essaie de se reposer. En épisode maniaque, quand j’essaie de dormir, mon corps bouge tout seul incessamment. Quand je suis réveillé, je tourne en rond dans mon appartement en attendant que le temps passe.

    🎢 Montagnes russes émotionnelles

    Si l’épisode maniaque provoque une intensification des émotions, l’épisode mixte induit une forte labilité émotionnelle : la personne peut passer de l’euphorie aux larmes puis à la joie très rapidement, parfois en l’espace de quelques minutes. La sensation est terrifiante.

    Illustration de montagnes russes symnbolisant l'euphorie et la dépression à la fois

    L’autisme et l’épisode mixte

    Ce passage sera court. La raison est simple : je ne sais tout simplement pas comment cet épisode interagit avec mon autisme. Chaque fois que je l’ai vécu, j’étais trop occupé à supporter la douleur et à entrer en mode survie pour pouvoir y prêter attention. Je sais simplement que toutes mes pensées tournaient autour de l’instinct de survie et du suicide comme seule solution, que je ne prêtais plus attention à mes routines ou mes rituels. L’épisode mixte me laisse dans un état où je perds ma capacité d’observation et de prise de recul.

    Un document que propose Autisme Ressource indique que les personnes autistes bipolaires sont plus sujettes aux épisodes mixtes que la norme. C’est confirmé par une étude des états dépressifs mixtes dont les autistes font l’expérience.

    Le traitement

    La Haute Autorité de Santé souligne que, comme une phase maniaque, l’épisode mixte est une urgence médicale, probablement même plus importante. L’épisode est très grave et qu’importe sa sévérité, il doit être traité le plus rapidement possible, et requiert souvent une hospitalisation. Mon premier épisode mixte a pris fin lorsque j’ai accepté de reprendre mon traitement auquel mon psychiatre a ajouté un antipsychotique fortement dosé. Les antipsychotiques fonctionnent relativement vite et en quelques jours, j’allais déjà mieux.

    Illustration d'un homme avec une boîte de médicament et le soleil derrière lui comme symbole d'espoir

    Note aux personnes bipolaires qui me lisent : même en plein désespoir, quand tout semble voué à l’échec, il est important de ne jamais arrêter ses traitements sans avis médical. Le risque est d’empirer l’épisode.

    📋 TL;DR : Retenir l’essentiel

    • Associe en même temps symptômes dépressifs (idées noires, culpabilité, tristesse) et (hypo)maniaques (énergie, agitation, logorrhée).
    • Concerne environ 40 % des personnes bipolaires au cours de leur vie, plus fréquent en type I.
    • Dans le DSM-5, on parle de « caractéristiques mixtes » : épisode complet + au moins 3 symptômes du pôle opposé.
    • Symptômes typiques : irritabilité explosive, insomnie, tachypsychie (idées rapides et noires), agitation psychomotrice, montagnes russes émotionnelles.
    • Risque majeur : dangerosité plus élevée que la dépression ou la manie seules, en particulier risque suicidaire accru.
    • Vécu subjectif : chaos intérieur, tension permanente, perte des repères habituels.
    • Prise en charge : urgence psychiatrique nécessitant souvent hospitalisation et traitement médicamenteux adapté.

    🇫🇷

    Salut.

    Si mes textes te parlent — si quelque part tu t’y reconnais ou si tu veux suivre ce voyage autour de l’autisme, de la bipolarité et de la reconstruction — tu peux t’abonner.

    Je t’écris environ une fois par semaine.

    Pas de spam. Pas d’algorithmes.

    Juste une lettre, de moi à toi.

    🇬🇧

    Hi there.

    If my writing resonates with you — if you see yourself in it or want to follow this journey of autism, bipolar disorder and rebuilding — you can subscribe.

    I write about once a week.

    No spam. No algorithms.

    Just a letter — from me to you.

    Par Florent

    Flo, développeur et cinéphile. Autiste et bipolaire, je partage ici mes cycles, mes passions et mes découvertes sur la neurodiversité.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *