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  • Illustration crash.execute() sur fond terne

    Elle est bien connue de presque tous les bipolaires, certains en faisant l’expérience nettement plus souvent que leurs épisodes (hypo)maniaques et très souvent beaucoup plus longuement. Alors qu’un épisode hypomaniaque peut ne durer que quelques jours, la dépression peut durer des mois. J’en parle en détails dans un article dédié. Je l’ai vécue un nombre incalculable de fois, notamment en raison de la nature à cycles rapides de ma bipolarité, et j’en fais ici le témoignage de l’une d’entre elles.

    Note : Cet article aborde la dépression bipolaire, avec des descriptions de souffrance psychique, d’isolement et d’hospitalisation.

    Si vous êtes en difficulté, prenez soin de vous et demandez du soutien. En France : 31 14 (24/7, gratuit).

    📋 TL;DR : Mon épisode dépressif

    • Énergie envolée : sommeil excessif ↔ inertie totale.
    • Plaisir éteint, tristesse infinie, vide intérieur.
    • Larmes absentes mais douleur omniprésente.
    • Culpabilité écrasante, idées noires lancinantes.
    • Isolement, addictions, hospitalisation inévitable → fragile victoire.

    Un peu de contexte

    Pour des raisons pratiques, celle que je vais vous conter n’a pas fait suite à mon dernier épisode mixte car elle n’est tout simplement pas survenue. Je n’ai pas fait de dépression majeure depuis 3 ans. La bipolarité est une maladie évolutive. Alors que j’étais dépressif la moitié de l’année avant mes 26 ans, elle a tout simplement cessé de se manifester depuis. Ce qui m’effraie, c’est la possibilité que la manie ait simplement pris le dessus temporairement et qu’une forte dépression finisse par s’abattre sur moi.

    Je vais donc vous conter ma deuxième dépression la plus longue, qui a bien fait suite à un épisode mixte de 3 semaines, 3 semaines très longues. Mais les 4 mois qui ont suivi l’étaient probablement encore plus.

    Il convient de noter que j’écris cet article dans un état hypomaniaque et que l’exercice de style est très difficile. Comment écrire sur un état figé, lent et morose quand tout va bien autour de soi ? Mes idées fusent mais elles sont toutes orientées vers des informations positives. Pour réussir à vous parler de dépression, il me faut faire un retour dans le temps et forcer mon cerveau à ralentir quelques dizaines de minutes (car ce sera le temps nécessaire à l’écriture de l’article). Tout de suite mon essai sur la question.

    Le début radical de ma dépression

    Dans mon terminal interne, voilà ce qu’il se passe :

    chaos.stop()
    fatigue.amplifier()
    sommeil.augmenter(14h)
    ralentissementMoteur.réduire()
    plaisir.perte(totale)
    tristesse.start()
    appétit.perte(progressif, 8kg)
    concentration.perte()

    Tout ça, ce sont presque les critères « cahier des charges » du DSM-5 qui ne requièrent pourtant que 5 critères parmi les 9 au total pour diagnostiquer une dépression chez un patient bipolaire. Mais chez beaucoup de patients, tous sont réunis. C’est mon cas.

    Les signes de ma dépression

    Les premiers signes d’une dépression naissante chez moi, c’est l’ensemble des signes. Mes dépressions ne surviennent pas par hasard. Elles font suite à mes épisodes hypomaniaques ou maniaques. Suite à un épisode maniaque avec psychose, j’ai crashé naturellement. J’ai volé trop haut, jusqu’à ce que j’arrive à court de gaz et que je m’effondre. Le crash est violent. Et brutal. J’étais euphorique à souhait pendant des mois. Maintenant, je suis tout triste, très triste.

    Après avoir rempli des dizaines de pages par jour, je suis désormais incapable d’en écrire une seule.

    Le confort de ne rien faire

    Contrairement aux épisodes euphoriques, je sais identifier tout de suite que je suis dépressif. Les signes ne trompent pas. Je me réveille dans mon lit après 11 heures de sommeil mais je ne sors pas du lit. J’en suis incapable. Je n’en ai pas envie. C’est le truc avec la dépression : c’est presque confortable. On a envie d’en sortir mais on ne veut rien faire. J’attends donc, dans mon lit, à ne rien faire, que les heures passent.

    Après 3 heures dans le lit, je me décide enfin à me lever, mais pour aller me réfugier sur mon canapé à vapoter. Et à ne rien faire. Je pourrais regarder un film ou une série, mais je n’en ai plus envie. Le pire, c’est que ça me rend fou. Qu’ai-je fait pour subir ça ? Il y a encore quelques jours j’enchaînais les épisodes de Friends jusqu’à plier la série en moins d’une semaine. Aujourd’hui est une autre histoire : je veux juste rester là, à regarder le mur, immobile. Je ne pense à rien. Je n’ai envie de rien.

    Le sentiment de tristesse infini

    Si, j’ai envie de pleurer. Pourtant, aucune larme ne coule. Je me sens si vide que je suis devenu incapable de verser une larme. Tant pis, elles viendront plus tard. Je suis habitué à la maladie maintenant. Je sais aussi que ça va prendre fin, que ce n’est qu’un cycle, mais je n’y crois pas. J’ai perdu la capacité d’imaginer retrouver une vie stable. La maladie dévaste ma vie à répétitions depuis des années maintenant. Cette fois, c’est sûr, elle ne me laissera pas tranquille. Impossible que ça prenne fin, donc.

    Les idées noires me gagnent. Pas d’idées suicidaires en vue. Juste des idées sombres. Je n’aurais pas dû être né. Je suis un fardeau pour les autres. Pourquoi les gens m’apprécient alors que je ne vaux rien ? Ils seraient mieux sans moi de toute façon. La preuve, j’ai exterminé une amitié profonde en raison des épisodes que je traversais. Tout le monde devrait m’abandonner. 

    La culpabilité

    Je ne suis qu’un poids pour eux. Pourtant, ils continuent de me soutenir et je ne comprends pas pourquoi. Je me sens tellement coupable. C’est infernal. 

    J’aimerais que tout s’arrête et que ma maladie me laisse enfin en paix. Pendant mon épisode maniaque, j’ai encore arrêté tous mes traitements. Tout est ma faute : si j’avais fait les choses bien, je n’en serais pas là aujourd’hui. 

    Maintenant, c’est trop tard, la machine est lancée. On n’arrivera jamais à me stabiliser. Même si ce n’est qu’un cycle, rien que le terme sous-entend que ça recommencera un jour ou l’autre. Quel intérêt de poursuivre des efforts si vains ? Je devrais abandonner et arrêter mes traitements, et laisser la maladie m’emporter. Non, je garde le contrôle, je ne compte pas mettre fin à mes jours, je veux juste que tout ça prenne fin.

    Mes sensibilités sensorielles

    Le monde a perdu de ses couleurs. Il paraît plus terne, les arbres moins verts, les lumières moins vives, les textures moins rugueuses ou douces. Je n’écoute plus de musique car je n’y vois plus d’intérêt, ou alors j’en écoute, mais des musiques déprimantes. Elles collent bien à l’ambiance générale.

    Je me sens tellement épuisé que je dors et dors encore. Après m’être levé, je vais me nourrir (si j’y arrive), puis je m’installe sur le canapé et stim un peu en me balançant de gauche à droite en attendant qu’il se passe quelque chose. Ou je retourne simplement dans mon lit pour végéter que le temps passe. Je n’ai que ça à faire : attendre, et attendre encore.

    Paysage aux couleurs délavées à cause de la dépression

    Isolation sociale

    Je continue pourtant d’aller voir des amis pour ne pas décrépir dans mon appartement, mais je pars rapidement. Je ne reste les voir qu’une heure ou deux puis je rentre chez moi. Je m’isole car je n’ai envie de rien. Je n’ai pas de copine mais j’imagine que ce serait la même chose si c’était le cas. Plus rien ni personne ne suffit à me remettre le sourire. Donc j’attends, et j’attends encore.

    En fait, il n’y a que ça à faire. La dépression ne va pas me quitter, je n’ai pas d’envies suicidaires, donc je ne peux rien faire d’autre que : ne rien faire. Espérer que la maladie me laisse quelques minutes de répit de manière occasionnelle.

    Céder aux addictions

    Je vapote en continu, pour passer le temps. Le vrai problème, c’est que pour aller mieux, j’ai trouvé dans l’alcool un semblant de solution. Passé un certain nombre de bières bues, j’ai la sensation d’aller mieux l’espace de quelques heures. Donc je recommence, occasionnellement. Puis un jour sur deux. Puis tous les jours. Une addiction progressive se met en place mais je n’ai plus que l’alcool pour me donner le sourire. Donc je continue. Mon entourage ne me reconnaît plus, je ne fais plus rien d’autre que boire, ce qui empire mon état. L’idée de l’hospitalisation est remise sur la table.

    L’hôpital psychiatrique comme seule issue

    Les semaines s’enchaînent et la dépression ne passe pas. Mon entourage veut que je me fasse hospitaliser. Mon psychiatre ne veut pas me mettre sous antidépresseurs au risque que je fasse une rechute maniaque (les antidépresseurs représentent un risque de virage hypomaniaque/maniaque chez les personnes bipolaires). Il me recommande alors l’hospitalisation. Par dépit, j’accepte finalement. Je me retrouve aux urgences et y passe 5 jours extrêmement longs en tenue d’hôpital, sans poche, simplement équipé de mon téléphone, de mon chargeur, et de ma cigarette électronique.

    Au bout de ces 5 jours, une place se libère à l’hôpital psychiatrique de mon secteur. À reculons mais maintenant pris au piège, je suis emmené à l’hôpital où je suis rapidement pris en charge. On me met sous antidépresseur et on augmente le dosage de mon antipsychotique pour éviter tout virage maniaque.

    Les jours passent, les semaines passent et je commence à percevoir une amélioration de mon état. Au bout d’un mois, je semble de nouveau fonctionnel. J’ai cessé de dormir 12 heures d’affilée. Sans être totalement stabilisé, mais le risque maniaque évité, je demande la sortie. J’en ai assez des heures à ne rien faire et de la nourriture d’hôpital souvent infecte. Mon psychiatre donne le feu vert.

    Victoire. 
    Je suis libéré de 4 mois de descente aux enfers.

    📋 TL;DR : Le crash dépressif

    • La dépression bipolaire n’est pas une simple tristesse : c’est un effondrement brutal après des mois d’euphorie.
    • Tout se ralentit : fatigue extrême, sommeil interminable, concentration impossible.
    • Le plaisir disparaît, les couleurs s’éteignent, la vie perd son sens.
    • Les idées noires s’installent : culpabilité, inutilité, impression d’être un poids pour les autres.
    • On s’isole, on s’anesthésie par les addictions, jusqu’à l’hospitalisation quand rien d’autre ne fonctionne.
    • Puis, lentement, un fragile retour à l’équilibre apparaît — non sans la peur constante d’un nouvel effondrement.

    La dépression bipolaire, souvent plus sévère que la dépression majeure classique, n’est pas que tristesse. C’est un réel effacement de soi qui peut nécessiter des mois et une hospitalisation pour en revenir.

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    Par Florent

    Flo, développeur et cinéphile. Autiste et bipolaire, je partage ici mes cycles, mes passions et mes découvertes sur la neurodiversité.

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