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    Moins abordé dans la littérature mais pourtant partagé par 40% des bipolaires au moins une fois dans leur vie, l’épisode mixte peut se manifester parfois sans crier gare mais souvent entre l’épisode maniaque et l’épisode dépressif. J’ai évoqué dans un article dédié la manière dont cet épisode présente à la fois des caractéristiques (hypo)maniaques et des caractéristiques dépressives. Je présente ici mon vécu d’un épisode mixte qui a été dévastateur.

    Avertissement : Cet article contient des descriptions explicites de détresse psychique, d’idées suicidaires et d’autodestruction.

    Si vous êtes en difficulté, prenez soin de vous et demandez du soutien. En France : 31 14 (24/7, gratuit).

    📋 TL;DR : Mon épisode mixte

    • Entre euphorie et désespoir : cohabitation insoutenable.
    • Agitation extrême ↔ crises de larmes interminables.
    • Corps en colère, esprit en larmes.
    • Idées suicidaires persistantes, pulsions destructrices.
    • Chaos intérieur → perte de contrôle, danger réel.

    Lorsque mes épisodes maniaques prennent fin, ils conduisent souvent à la dépression. Parfois, et de plus en plus régulièrement, ils mènent à des épisodes effrayants et traumatisants. Mon cerveau se transforme en machine détraquée destinée à une chose : m’autodétruire, et parfois, détruire tout sur mon passage. Voilà le code qui s’affiche à l’intérieur :

    réveil(4h)
    chaos.activer()
    chaos.multiplier(1000)
    ... Mise en marche des process... &;@3!;9:’ebf
    ... /!\ Erreur système
    ... /!\ Reboot impossible
    ... Programme chaos.bin empêche larrêt du système

    J’étais euphorique hier. Aujourd’hui, la vie est vide de sens. Qu’est-ce que je fais sur cette planète ? J’apporte malheur et destruction. La destruction, oui, c’est ça qu’il me faut. Ma peau brûle. J’étais électrique hier. Aujourd’hui, j’ai envie d’arracher cette peau pour sortir de mon corps. Plus rien ne va. Je ne souris plus. Je ne ressens plus de joie. J’ai envie de tout détruire. Moi le premier.

    Quand tout est trop

    La journée avance. Je ne fais rien. Si, je tourne en rond dans mon appartement. Je me sens de plus en plus triste. Triste ? Ou en colère ? Probablement les deux, je ne sais plus. Tout se mélange, plus rien n’a de sens. Je ne comprends pas ce qui m’arrive mais je veux que tout s’arrête. J’essaie de dire stop à mon cerveau. Non, ça ne fonctionne pas. Je n’ai plus aucun contrôle sur mes émotions. Elles affluent à vitesse grand V, surtout les émotions négatives.

    Tout est devenu désagréable. Le tissu sur mon corps, l’eau chaude de ma douche, l’eau froide de ma douche. La nourriture a perdu de son goût. Alors j’ajoute du sel, des épices, du poivre. Rien ne change. Sauf les couleurs, elles deviennent fades, elles ne vibrent plus. Ça m’attriste.

    La boucle : des crises de larmes infinies

    Tellement que j’en pleure. Des crises de larmes qui ne prennent jamais fin. On croirait que mon corps a une réserve d’eau infinie dédiée à ma tristesse. Je pleure, et je ne sais même pas pourquoi. Je ne me suis jamais senti aussi dévasté. Tout a perdu de son intérêt. Alors qu’hier, tout allait bien. Je ne comprends pas. Il n’y a rien à comprendre, ce n’est pas possible. Je continue de faire les 100 pas dans mon appartement mais je sanglote en même temps en espérant que mon cœur s’arrête subitement. Je frappe un mur. Il faut extérioriser ce sentiment horrifique que je vis. Voilà ce que l’épisode mixte provoque : un corps en colère, un esprit en larmes.

    Le suicide comme seule sortie de secours

    Je me motive à sortir pour aller voir des amis. Sur le chemin, j’ai envie de me jeter sur la route chaque fois qu’une voiture passe. Insoutenable, c’est le mot. Ou terrifiant peut-être. J’ai peur de moi-même. On me dit de tenir bon, d’être courageux. Ce n’est pas du courage, c’est l’instinct de survie qui est encore préservé. Combien de temps va-t-il tenir ? Mes idées noires sont devenues chaotiques. Je veux que tout prenne fin et il semble n’y avoir qu’une seule solution. Je n’ai plus qu’une idée en tête. Trouver un moyen de m’ôter la vie.

    Le problème, c’est qu’il n’y a pas de problème. Comment régler ce qui n’existe pas ? Il faut mettre fin à mes émotions envahissantes que j’essaie de fuir. Je me souviens de cette phrase : « le suicide est une solution permanente à un problème temporaire ». Là, la tristesse ne prend pas fin et ne prendra pas fin. Il s’agit donc de la solution permanente à un problème permanent.

    Sourire, une utopie

    Un ami me dit de sourire. Pourquoi ? Il n’y a pas de raison de sourire. Pourquoi, lui, sourit-il ? C’est ça la vraie question. Le monde est plein de problèmes qui nous entourent, il n’y a pas de raison d’être optimiste. Il se leurre. Un autre ami s’aperçoit que j’ai arrêté mon traitement. Il ne servait plus à rien. Il me somme de les prendre et vérifie. Je prends deux Doliprane pour le satisfaire et refuse des médicaments qui ne fonctionnent pas.

    J’ai envie de rire et m’effondrer en même temps. Alors j’alterne. Je ris parfois (même tout seul) avant de pleurer et de retrouver mes idées noires. La fenêtre me paraît séduisante. Puis je ris encore à l’idée saugrenue de me jeter du deuxième étage et de simplement risquer de me casser une jambe. Quoique, ça pourrait fonctionner. Les larmes coulent à nouveau. Un flot de larmes. Et je frappe un mur, encore.

    Détruire, tout

    Je reprends alors de faire les 100 pas et j’appelle un ami en pensant que ça va me rendre plus guilleret. Ça ne fonctionne pas. Je n’écoute même pas ce qu’il dit. Donc je continue de marcher sans objectif. En pleurant. Tout doit s’arrêter. J’ai envie de tout casser, tout brûler, tout anéantir, tout détruire. Par chance, je vais réussir.

    Cela fait une semaine que ça dure. J’ai une soirée prévue. L’euphorie s’est réinstallée, toujours teintée d’une envie de m’effondrer. Mais j’y vais, optimiste. Tout va bien se passer. Je suis confiant. Après tout, je suis un dieu, même si je compte réussir le tour de passe de tuer un dieu, immortel. Je suis confiant. Sauf que…

    Mon système interne subit une cyber-attaque interne.

    mode.tornade.activer()
    ... Frustration extrême : Activée.
    ... Colère extrême : Activée.
    ... Agitation extrême : Activée.
    ... Mode insensé : Activée.
    ... Ouverture de tous les programmes jusquà saturation du système : Done.
    ... Contrôle : Désactivé.

    J’ai tout cassé. Et perdu une amie très proche. En 5 minutes. L’épisode a eu raison de ma raison. 

    Il a atteint mon seuil de tolérance.
    Stop.
    Je suis encore en vie. Toujours triste, vide. Mais plus agité.

    📋 TL;DR : Le chaos de l’épisode mixte

    • L’épisode mixte mêle euphorie et désespoir dans un même corps.
    • C’est une coexistence brutale de larmes, d’agitation et d’idées noires.
    • Excès : colère, instabilité, pulsions destructrices.
    • Derrière chaque éclair d’énergie surgit une chute vertigineuse.
    • Puis vient le danger réel : perte de contrôle et autodestruction.

    L’épisode mixte, ce n’est pas une simple alternance (mais ça peut l’être). Les deux épisodes cohabitent au plus grand désespoir de la personne qui le subit. Il la plonge dans un chaos insoutenable qui la met en réel danger. C’est l’un des états les plus difficiles à vivre dans le trouble bipolaire.

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    Par Florent

    Flo, développeur et cinéphile. Autiste et bipolaire, je partage ici mes cycles, mes passions et mes découvertes sur la neurodiversité.

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