« Que pensez-vous de l’issue de ces tests ? » m’a posé comme question la neuropsychologue chargée de mon test de QI. Je m’en souviendrai toujours. À cet instant, j’espérais que l’identification de HPI suffirait à éliminer la cause bipolaire. J’ai alors répondu, naturellement, que je soupçonnais une confirmation du HPI. J’avais raison. J’ai été formellement identifié à très haut potentiel intellectuel (THPI) par une neuropsychologue… et j’ai cru que ça allait résoudre toutes mes difficultés.
J’avais tort : le HPI n’allait rien invalider, car aucun de ses prétendus signes ne pouvait invalider des symptômes réels et dangereux. Mais le mal était fait : à réception de l’identification, j’ai arrêté tous mes traitements, et j’ai développé mon premier épisode mixte.
La suggestion de la thèse HPI a été posée par mon meilleur ami de l’époque. Lui-même THPI avec ses propres difficultés, il m’avait suggéré que la bipolarité était peut-être un diagnostic infondé et que mes sautes d’humeur étaient peut-être dues à la mauvaise gestion des émotions communément attribuée aux HPI. Non seulement aucune étude n’a jamais pu attester cette caractéristique des HPI, mais je ne vivais pas des « sautes d’humeur », je vivais des épisodes me mettant en danger quotidiennement.
Le passage des tests comme un jeu
Quand j’ai décidé de passer les tests, je n’avais pas pour objectif d’être HPI, je m’en fichais pas mal. Je voulais simplement une réponse. J’ai vu le test comme un jeu, un défi à réussir. Je me passionnais de psychologie donc c’était dans la lignée directe de cet intérêt : faire moi-même l’expérience du test de QI.
Des tests qui ne me surprenaient pas
Mais pour suivre ses recommandations et d’autres de mon entourage, je me suis tourné vers une neuropsychologue recommandée par une proche, et après un premier entretien d’anamnèse, je me suis retrouvé face au test de QI. Il faut noter que j’étais familier avec certains de ces tests car mon premier épisode psychotique avait impliqué des tests de QI en ligne (qui ne valent pas grand-chose mais quand ils présentent des résultats extrêmes (comme c’était mon cas), la question se pose).
De bonne volonté
Je suis donc arrivé presque jovial à l’idée, non pas de réussir ces tests, mais d’essayer de donner mon maximum pour obtenir les meilleurs scores. Cet élan de bonne volonté a même été inscrit dans mon bilan, notant que j’étais très volontaire pour parcourir ces tests. Le test a donc procédé, en plusieurs subtests (sous-tests parmi une catégorie plus générale).

Des facilités déconcertantes
Plus les tests avançaient, plus je notais ma faculté à y répondre avec aisance, toujours les considérant comme un simple jeu.
Parenthèse : Mon avis sur ces tests
Il est très radical : mal utilisés, c’est un guet-apens pour des gens qui se font avoir par du charlatanisme de psychologues qui ont compris comment tirer un grand profit d’inventions non soutenues par la science sur une certaine réalité. On sait que les connexions neuronales sont plus rapides, plus le QI augmente, ce qui rend le raisonnement plus vif et efficace. En revanche, rien n’a jamais confirmé les caractéristiques communément admises sur internet. Le test n’est pas lui-même un problème (il a son intérêt). C’est son usage marketing qui l’est.
Je vais donc vous décrire en résumé ces tests (s’entraîner est contre-productif et la science a estimé que ça n’affectait pas beaucoup les scores, donc je me permets de vous spoiler). Clarification : je ne m’affiche pas, bien au contraire. Malgré des scores hauts, j’ai une certaine amertume pour ces tests et surtout comment le monde s’en sert comme business model. Ce qui importe, ce n’est pas le score global dans un test de QI, ni de se comparer aux scores d’un autre. Pour ceux qui voudraient passer le test, gardez en tête que l’essentiel est de découvrir ses forces et faiblesses cognitives. Il n’y a pas de bon ou de mauvais score. Simplement des profils différents.
Le raisonnement perceptif
À commencer par le test des matrices de Raven (suites de patterns logiques), facile (mais imparfait)… mais pas mon plus haut score. Les matrices, ce sont des suites logiques de 3 ensembles de formes géométriques qu’il faut compléter. Avec ma pensée en patterns, je me suis débrouillé comme un chef (avec salade, tomate, oignons).
Suivait le test des cubes qui demande d’assembler des cubes pour reproduire un motif donné. Il évalue l’orientation dans l’espace. Étant une vraie quiche dans le domaine, c’est le seul score qui a à peine dépassé la norme.
La compréhension verbale
Sans surprise, ce sont les tests que j’ai le mieux réussis (obtenant le score maximum à deux d’entre eux). Il s’agit de tests évaluant la capacité à faire des liens entre divers termes plus ou moins similaires, à tester son vocabulaire, etc. Certaines études prétendent que les personnes autistes excellent souvent dans ce domaine.
La mémoire de travail
Très élevés aussi, mes scores ont montré de fortes capacités à calculer mentalement des opérations complexes et jongler avec l’information pour la traiter de tête, sans avoir besoin d’un support visuel. C’est un test qui est généralement moins réussi pour les personnes avec des dysfonctions exécutives comme les autistes et ceux avec TDAH.
Vitesse de traitement
Teste la capacité à traiter rapidement l’information en reproduisant des formes. Les personnes avec TDAH ont souvent des difficultés dans ce test et les personnes autistes, soucieuses du détail, sont à risque d’y échouer car elles prennent plus de temps pour effectuer l’exercice au mieux, alors même qu’elles sont chronométrées.

Des troubles qui affectent les résultats
Si je vous donne l’explication de tous ces tests, c’est parce que justement les personnes avec des troubles neurodéveloppementaux ont souvent des difficultés qui peuvent biaiser les résultats. Il convient donc de comprendre que ces tests ont été façonnés par des personnes neurotypiques pour des personnes neurotypiques. Elles ne prennent pas en compte la neurodiversité et les potentielles difficultés qui l’accompagnent.
D’ailleurs, dans le WAIS-IV (le test actuellement utilisé par les neuropsychologues), une liste de patterns est suggérée pour dépister de potentiels troubles en fonction des scores obtenus. Une vitesse de traitement très faible par rapport au reste → TDAH potentiel, si accompagné de difficultés à rester concentré pendant tout le test.
NB : Les qualités d’un bon neuropsychologue
Je me rappelle avoir vu ma neuropsychologue valider une réponse qu’elle avait jugée brillante de ma part, car je ne trouvais pas la réponse et avais tourné le problème dans l’autre sens pour éliminer les options fausses et trouver la seule réponse possible. C’est là la qualité d’un bon neuropsy, il ou elle prend en compte le raisonnement global, plutôt que de se focaliser sur la véracité de la réponse et son raisonnement habituel. Ma réponse était bonne, qu’importe le raisonnement, donc je suis passé au niveau supérieur.
Une autre qualité d’un neuropsychologue, c’est de savoir s’adapter. J’étais en forme pour ce test mais l’étais beaucoup moins lors de mon second passage du test pour le diagnostic du TSA, et la neuropsychologue m’a autorisé à faire une pause, me voyant épuisé. Le test ne permet normalement pas de pause.
Quelques mots à la suite du test
À la fin du test, après m’avoir interrogé sur mon avis sur le test, sans calculs, elle m’a directement annoncé que j’avais volé bien plus haut que les seuils nécessaires. Je suis revenu peu de temps après pour officialiser l’identification. J’ai annoncé la nouvelle à mon entourage car j’ai cru à tort que ça allait invalider mon diagnostic de bipolarité. J’ai immédiatement arrêté mes traitements et… j’ai vécu mon premier épisode mixte, qui m’a laissé en violente détresse psychique au point de me traumatiser. J’y pense encore aujourd’hui. La pensée m’attriste. Angoisse, perte de repères, idées suicidaires, tout cela a découlé de conseils biaisés autour de moi. Au moins, une chose était sûre : j’avais bien un trouble bipolaire (s’il fallait encore une preuve pour le démontrer).
Fort de cette identification, je me suis plongé dans les articles et ouvrages sur le HPI… et c’est là que j’ai découvert une toute autre dérive.
Le HPI, un vrai business sans fondement scientifique
Après cette identification, je me suis mis à lire tous les articles de psychologues à ce sujet, sans jamais les questionner. J’avais tort. Quelques-unes de ces caractéristiques attribuées aux HPI par les articles de psychologues :
- Intolérance à l’injustice
- Hyperesthésie
- Imagination débordante
- Grande capacité d’observation
- Attention aux détails
- Souvent qualifié de trop
Ça vous fait écho ? C’est normal : ce sont toutes des caractéristiques typiques de l’autisme. Une étude s’était penchée sur la question en évaluant le QI d’une cohorte de personnes et en leur faisant passer les tests de dépistage de l’autisme (AQ, EQ, SQ). Sans surprise, elles obtenaient des scores plus haut que le seuil minimum requis. L’étude suggérait de leur faire passer une procédure de diagnostic d’autisme qui expliquerait mieux leurs difficultés.
Aujourd’hui, j’emploie le terme THQI (très haut quotient intellectuel) si nécessaire, car il me semble plus neutre en sous-entendus. Par simplicité dans cet article, je parle bien de THPI. Mais finalement, THPI, THQI, surdoué, zèbre, papillon, tout ça est sans importance pour moi. Mon THPI n’a aucune incidence sur mon identité.

Vers l’autisme et l’au-delà
J’ai donc fini par comprendre que tout ça ne reposait sur rien de fondé, j’ai remis tout en question, et ça m’a amené au diagnostic de TSA. Aujourd’hui, je ne mentionne plus cette part de moi, car elle me semble sans intérêt. Elle m’a facilité la vie, surtout au niveau scolaire (avant d’atteindre mes limites), mais ça s’arrêtait là. J’ai même littéralement brûlé mon bilan quand j’ai découvert la supercherie, après un meltdown (spoiler alert: je l’avais scanné avant (car je scanne tout) et oublié l’avoir fait, donc j’en ai encore la trace).
J’ai néanmoins appris après cette identification que bon nombre des personnes de mon entourage me pensaient « surdoué », en raison de mes compétences quelque peu hors-normes en programmation. Tout ça s’expliquait plus par l’autisme que par le HPI seul (peut-être les deux à la fois finalement).
Le HPI à l’origine de mon masque social
Certaines études confirment que les personnes autistes avec un haut QI ont de meilleures capacités à compenser leurs difficultés, à les masquer. Plus le QI grimpe, plus le masque fonctionne, et plus le risque de burn-out s’élève. Quand je pense que les femmes sont déjà des pros du masking, je me demande ce qu’il en est quand elles ont un HPI en plus. De vraies actrices. Sauf qu’on ne les paie pas pour le faire.
Parler de cette étape de mon parcours est donc nécessaire car elle a impliqué chez moi la conception d’un masque social très solide, et m’a amené jusqu’au burn-out autistique.

Ce HPI n’a donc pas résonné comme l’explication à tous mes problèmes. Il n’en a été que l’ébauche. Hypersensibilités, injustice, masque social, autant de termes que le HPI recouvrait de mon autisme. Après quelques années à boire les paroles d’articles de psychologues, ayant fait du HPI un marché très lucratif, j’ai finalement tout remis en question aux alentours de mes 25 ans, lors d’un premier burn-out. Ce que j’avais pris pour une « réponse définitive » n’était en réalité qu’une étape. La véritable explication allait se révéler plus tard, avec un mot que je n’osais même pas envisager : autisme.

