Petite respiration entre deux articles sérieux. Voici un guide ironique basé sur mon dernier voyage, où j’ai observé comment on peut voyager à l’étranger… sans vraiment rencontrer le pays.
Mon voyage au Cambodge s’est achevé. J’y étais avec un petit groupe de très bons amis. J’étais parti pour l’immersion, pour le voyage plus que pour les vacances. On ne partageait visiblement pas tous cette vision. Il y a eu des frictions, et j’ai fini par lister tout ce que j’observais autour de moi. Je vous ai donc concocté un guide de survie pour ne jamais vivre la réalité cambodgienne dans le pays et poursuivre un voyage de rêve en vivant avec cinq fois le niveau de vie local partout. Accrochez-vous, c’est parfois plus subtil que ça n’en a l’air.
I. Refuser tous les hôtels milieu de gamme
L’objectif ici sera de trouver tous les hôtels hors de prix imaginables pour des prétextes inventés. Plutôt que de payer 8 euros la nuit dans un hôtel propre avec climatisation et grand lit, on préférera un hôtel à 18 euros la nuit dans l’équivalent d’un palace avec piscine et rooftop. À effectuer sur toutes les étapes du voyage. Si l’on vous parle d’un hôtel abordable, prétextez qu’il est probablement rempli de backpackers qui ramènent les punaises de lit (comme dans un hôtel abordable dans un pays développé, mais c’est important d’imposer sa vision aseptisée du monde occidental).
Surtout, arrivé à l’hôtel de luxe, plaignez-vous de la vue au sky bar et préférez rester allongé sur votre matelas ultra confortable. C’est bien mieux que profiter d’une vue imprenable sur Phnom Penh. Finalement, ça ne change pas beaucoup de Paris.
II. Évitez tous les bars de rue
Avec une petite exception pour tenter l’expérience, abandonnez ensuite le monde de la fête cambodgienne avec des locaux pour ne focaliser que les rooftops et sky bars en tout genre. Idéalement, il faudra que la bière coûte deux fois le prix habituel et que vous y trouviez des touristes et quelques locaux bien vêtus. Plus l’absence de choc des cultures sera importante, plus vous aurez réussi votre objectif.
III. Amenez avec vous toutes vos conventions sociales
Pour quelqu’un comme moi qui a du mal avec les conventions sociales, voyager dans un endroit aussi dépaysant que le Cambodge, c’est une horreur. On peut oublier presque toutes les conventions sociales qui ne sont pas les mêmes qu’en France. Pénible. Non, il s’agit d’imposer sa vision du monde pour survivre au périple. Transposez donc toutes les conventions sociales françaises, même les plus absurdes dont personne n’a jamais entendu parler, dans le pays de destination. Voyez les Cambodgiens se servir d’une table à manger comme d’un meuble où poser que bon leur semble. Ne faites surtout pas cela et cachez rapidement cette crème pour les lèvres (surtout si elle est emballée) que je ne saurais voir.
IV. Tentez des restaurants les plus chers possibles
Surtout s’ils coûtent huit fois le prix normal. Si l’on vous fait marcher plus de 1 minute 30 pour rejoindre votre hôtel sous le soleil, refusez en oubliant la politesse, quittez le groupe, et dirigez-vous vers un palace pour déguster un repas hors de prix. Il convient de les sélectionner en fonction du prestige qu’ils dégagent : plafonds de 20 mètres de hauteur minimum recommandés, peinture fraîche, climatisation, serveur à l’affût pour servir un verre de vin local (mais importé de France).
V. Rejetez la musique locale
En vous baladant dans les bars et les restaurants, ne loupez pas une occasion de critiquer la musique locale. Les compliments sont toujours appréciables. « C’est trop fort », « ils sont chiants avec leur musique déprimante », laissez libre cours à votre imagination. Avec un peu de réflexion, vous saurez peut-être convaincre le peuple cambodgien de remettre en question ses goûts musicaux. N’hésitez donc pas.
PS : Cet article est une respiration humoristique entre plusieurs textes plus lourds sur la bipolarité, écrit sous mon regard autistique. Ce voyage reste l’une des plus belles expériences que j’ai vécues, avec chacun des participants, sans exception.

