Suite à mes articles sur les épisodes du trouble bipolaire, il est temps de les illustrer par un récit vivant et brut. Cet article sera le premier d’une série chronologique de mon vécu de ces cycles bipolaires qui hantent ma vie. L’hypomanie paraît séduisante mais elle représente mon premier danger. Elle me rend productif mais est le premier signal d’alerte. Car de l’hypomanie découle souvent une suite de phases jusqu’au crash final presque inévitable.
Avertissement : Cet article décrit un épisode hypomaniaque (euphorie, productivité, illusions de contrôle).
Il témoigne de mon vécu et n’a pas vocation à glorifier ces comportements, qui peuvent annoncer une perte de contrôle et un passage vers la manie.
📋 TL;DR : Mon épisode hypomaniaque
- Moins de sommeil = premier signal.
- Hypomanie → séduisante, mais trompeuse.
- Euphorie → créativité décuplée, productivité fulgurante.
- Excès : projets multiples, idées de grandeur, routines rigides.
- Illusion de contrôle → prélude au chaos et à la manie.
Lorsqu’un épisode hypomaniaque débute, je ne suis jamais le premier à le remarquer. Je suis d’ailleurs souvent incapable d’identifier un épisode. Ma mère est la première à m’alerter mais je fais fi de ses réflexions qui ne font que m’embêter. Je vais bien, donc pourquoi écouter ceux qui essaient de faire croire que je devrais faire attention ? Faire attention à quoi d’ailleurs ? De 9h de sommeil minimum, je passe à 6-7h de sommeil nécessaires. C’est raisonnable, pas de quoi s’inquiéter.
La perte de l’insight
Depuis que j’ai été diagnostiqué, le moindre signe est prétexte à recevoir des remarques sur mon état exalté. Qu’on me laisse tranquille. On me dit que je me balance ou que je fredonne. J’ai pourtant toujours fait ça donc on cherche probablement à m’embêter.

C’est une illusion. Ils ont raison de m’alerter, car croire que mon comportement est habituel est un marqueur classique de l’hypomanie (et de la manie). M’alerter sera probablement vain car je me fiche de ce qu’on pense, je veux juste vivre ma vie et mes nouveaux projets ou mes nouvelles idées en paix.
sommeil.réduire(6h)
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... Non
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enForme()
... Totalement
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projets.créer(site_internet)
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projets.créer(livre3)
projets.cré...J’ai des projets plein la tête. En quelques heures, j’ai commencé à écrire un livre. Rapidement. Très rapidement. Il y a un flux d’idées qui traverse ma tête et je dois les écrire avant de les oublier. De ce livre découlent 5 autres idées de livres. Je mets par écrit toutes mes idées et me refocalise sur le premier livre.
Je discute avec un ami et on blague. Tiens, ça me donne une idée de livre. Je commence à l’écrire, je finirai l’autre plus tard. En quelques heures, j’ai écrit 27 pages. Je reprends l’écriture de mon premier livre qui tourne autour des 80 pages après seulement 3 jours. Je n’ai jamais été aussi productif. J’ai des idées merveilleuses à la chaîne. Même si j’ai du mal avec les expressions imagées, je suis devenu le maître des figures de style.
Je vais me coucher enfin à 1h du matin. Puis, à 1h15, de nouvelles idées. Je me relève pour aller les marquer dans mon livre et ne pas les oublier. À 2h, nouvelle idée. 3h, pareil. L’histoire se répète et je m’endors enfin un peu plus tard quand je tombe d’épuisement. Si je suis épuisé, c’est bien que je ne suis pas hypomaniaque. Pourtant, ma logique est défaillante.
Voilà ce que fait l’hypomanie : elle accélère tout, donne l’illusion du contrôle, et rend l’épuisement lui-même trompeur.
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excès.start()L’euphorie
L’euphorie me gagne. Après une semaine d’écriture, je deviens tout exalté. Tout le monde le perçoit autour de moi. Moi, ça m’amuse. Je fais des jeux de mots, j’enchaîne les blagues, je parle beaucoup plus. Bref, tout va bien. Je commence à me rendre à un café tous les jours et j’y passe des heures à écrire. Ça entre dans ma routine quotidienne. Je commence à ne plus faire attention à mon compte bancaire mais ça reste sous contrôle.

J’ai envie de fumer et de reprendre l’alcool. Non, je contrôle. Mais il devient évident que je suis plus euphorique que je ne le pensais. Ma mère avait raison. Encore, ça m’agace. Mais j’en ris. Cette fois, je garderai le contrôle. De toute façon, je prends mes médicaments, ça devrait empêcher que ça grimpe en intensité. Je dois prendre rendez-vous avec la psychiatre. J’oublie.
Des idées de grandeur
Tout tourne autour de mes livres. J’en ai complété un en moins de 7 jours (200 pages) et l’autre en moins de 3 jours (100 pages). J’utilise des IA pour avoir des retours sur la qualité de l’écriture, l’originalité des livres et leur impact sur le lecteur. Elles sont unanimes : j’écris des choses uniques, l’une d’elles parle même de chef-d’œuvre. Mes écrits seraient très nettement au-dessus de la grande majorité de ce qui est publié.
Il ne m’en faut pas plus pour leur demander de comparer le niveau d’écriture à celui de grands auteurs et recevoir encore plus de retours positifs. Il est évident que j’ai des qualités exceptionnelles, j’aurais dû me mettre à l’écriture beaucoup plus tôt. J’aurais gagné du temps.
Ce n’est pas du génie, c’est le prélude au chaos.
Le monde en couleurs
Quand je sors dans la rue, je perçois tout. Plus intensément. Mes hypersensibilités sensorielles se sont amplifiées au point que même mes lunettes de soleil ne suffisent plus à tolérer un ciel blanc. Tout est plus lumineux, les reflets sont plus éblouissants. Donc je garde mes volets baissés en intérieur.
Je porte mon casque constamment : à l’extérieur pour me protéger du bruit insoutenable de la ville, à l’intérieur pour écouter en boucle mes morceaux préférés, des chansons, alors que j’écoute habituellement plus des musiques de films.

La sensation de l’eau chaude de la douche, le matin, est saisissante. Je sens le flux comme un flux d’idées qui gouttelle. C’est dans la douche, confortablement, que mes brillantes idées fusent le plus. C’est aussi paradoxalement dans la douche que je me sens le plus apaisé. Je maintiens donc mes routines. Non, je m’y adonne coûte que coûte, très fermement, quitte à arriver en retard à mes rendez-vous. J’ai une adhésion aussi très ferme à tous mes rituels. J’en crée d’ailleurs de nouveaux : journaliser chaque fluide que j’ingère, journaliser presque chaque action de la journée, et le faire de manière très méthodique.
Je me suis mis à courir régulièrement, sans aucune préparation, trois fois par semaine, à des rythmes de course insensés. J’ai plus d’énergie que jamais donc je la mets au service du sport qui me permet de l’extérioriser et de bloquer le flux de pensée l’espace de 50 minutes avec la musique dans mes écouteurs.
Sensations physiques décuplées
Je stim plus que d’habitude. Mes émotions se sont intensifiées et mes sens avec, il me faut donc les réguler. Je ne me soucie même plus du regard extérieur donc je suis là dans la rue, lunettes de soleil, casque sur la tête, regardant le sol en marchant très vite, en gigotant les doigts. Je me sens bien et je ne veux pas que ça s’arrête. De toute façon, ça ne s’arrêtera pas, je suis plus fort que la maladie et la contrôle. Je vais rester hypomaniaque pour toujours.
Soudainement, je sens comme un courant électrique parcourant mes doigts. Mes bras. Mes jambes. Puis tout mon corps.
euphorie.exploser()
sommeil.réduire(3h)
chaos.start()Je crois avoir encore le contrôle. La manie l’a déjà emporté.
📋 TL;DR : L’illusion de l’hypomanie
- L’épisode hypomaniaque apporte énergie et créativité.
- C’est une illusion séduisante, nourrie par l’euphorie et la productivité.
- Excès : projets multiples, routines rigides, idées de grandeur.
- Derrière l’élan se prépare la manie…
- Puis vient l’inévitable perte de contrôle.

