Petite pause autisterie pour évoquer cette fois une situation rocambolesque liée à ma rigidité quant aux règles, notamment celles au cinéma, qui sont pourtant affichées en grosses lettres avec iconographies sur fond bleu dans les cinémas UGC, que je fréquente, avant juste avant le lancement du film. À savoir : éviter de parler pendant le film, mettre son téléphone en mode avion. Chez certains, ces règles sont des suggestions visiblement. Certains n’ont alors pas vu venir la scène que je vais vous conter.
C’est la sortie du film Halloween et mon amie m’accompagne pour la séance, fan de films d’horreur comme moi. Le film n’est pas lancé qu’on assiste déjà à un chaos à l’intérieur de la salle, remplie de jeunes qui n’ont visiblement pas appris à se tenir correctement. En réalité, c’est habituel dans les films de ce genre. Les jeunes qui sortent des cours se rendent au cinéma pour aller rigoler avec leurs copains, et ne se préoccupent pas des autres. Je présage le pire pour le film.
La tension monte.
Mon amie le voit et met sa main sur la mienne pour m’apaiser.
[Introduction]
Le film commence. Les rires, les discussions (voire même les cris) ne cessent pas. Pire, les téléphones s’allument avec luminosité à fond. Plusieurs téléphones. Certains se permettent même de répondre à un appel. Des paquets de pop-corn tombent, les jeunes s’insultent entre eux. Du jamais vu, c’est un vrai chaos sensoriel. J’hésite à faire intervenir quelqu’un mais j’ai pour règle interne de ne jamais quitter la salle. Si je le fais, je dois revenir au cinéma un autre jour pour voir la partie manquante, un calvaire. Bref, j’entends donc, dépité, les bruits de pop-corn, les gens parler et tout ça me transperce les oreilles.

[Développement]
À peu près à la moitié du film, premier arrêt sur image : le film devient plus silencieux et j’en profite pour hurler dans la salle « ce n’est pas une cour de récréation ». Les gens s’arrêtent de parler, et reprennent comme si de rien n’était. Le couple juste devant nous fait partie des rares à savoir se comporter en société. Je les mentionne car l’homme va tenir un rôle dans la suite.
La tension continue de monter.
Je suis à deux doigts de l’explosion, et probablement susceptible de faire un meltdown.
Je subis donc juste ce chaos avec toujours la main de mon amie posée sur la mienne, ce qui me détend un minimum, mais je suis tout crispé au siège.
[Climax]
Le générique démarre. Je décide d’enfreindre une autre règle : je m’apprête à quitter la salle avant d’avoir vu tout le générique, ce qui amplifie la tension. Pourquoi ? J’ai la merveilleuse idée d’avoir envie de mettre une claque à des gens (c’est une pensée, évidemment pas ce que j’allais faire). Puis je fais marche arrière, regarde mon amie, j’ai envie de craquer complètement, je repars vers la sortie et… deuxième arrêt sur image : j’ouvre ma gourde à moitié remplie et la vide sans la moindre hésitation sur deux jeunes femmes qui avaient été le pire public du film. Et je repars, presque sans réaliser la démesure du geste. Mon amie cache alors un sourire et déguerpir de la salle sans dire un mot.

[Bêtisier]
Derrière moi, l’homme qui était assis devant nous éclate de rire, et tend sa main pour me faire un tope-là. Je réalise alors mon craquage total et tape dans sa main, amusé par l’absurdité de la situation.
À ma décharge, j’ai surtout à peine aspergé ces deux femmes, je n’ai pas non plus versé un seau d’eau sur elles. Elles ne sont pas trempées.
À la sortie, mon amie qui n’arrive plus à cacher son rire. La scène aura eu le don de marquer sa mémoire tant elle en a reparlé les années suivantes.
Leçon de morale
L’autisterie n’est pas tant l’action (même si ça peut l’être puisque c’est lié à une impulsivité) que les causes de cette conclusion totalement absurde. Ne pas respecter les règles au cinéma, c’est risquer d’affronter un Flo tout colère qui trouve des solutions régulièrement créatives (et pas toujours très efficaces).
À mes lecteurs agacés eux aussi, la gourde est donc une arme particulièrement redoutable qui ne résout absolument rien mais qui amuse bien.
Le plus long film jamais projeté au cinéma est le film Logistics, un film expérimental d’une durée de 35 jours et 17 heures ! Je me demande combien de spectateurs ont fini par craquer… et se servir de leurs gourdes.

