Aujourd’hui, c’est la journée mondiale du trouble bipolaire (World Bipolar Day). Et honnêtement, je m’en fiche. Je n’ai jamais changé de photo de profil pour y ajouter un petit ruban, je n’en ai jamais profité pour sensibiliser, et je n’ai jamais participé à des salons autour de cette journée. Bien que je comprenne que cela serve pour certains, j’ai toujours buté sur l’intérêt de ces journées de sensibilisation.
Pourquoi je ne me reconnais pas dans ces journées
Pourquoi ? Parce que la bipolarité est chronique, et ne s’arrête pas le 31 mars après cette fameuse journée mondiale. Elle ne se met pas non plus sur pause le 30 mars. Dédier un jour à la sensibilisation, c’est se donner l’impression d’agir sans prolonger dans le quotidien. Et oublier le reste de l’année.
Non, pour moi, sensibiliser, c’est un travail quotidien. Je sais me reposer, mais je sais aussi quand prendre la parole pour défendre mes idées et éduquer les autres sur le sujet.
Mes premiers « cobayes », c’étaient ma famille et mes amis les plus proches.
Aujourd’hui, il s’agit de doser la quantité d’informations que je peux délivrer si le sujet est évoqué dans une discussion, mais je ne manquerai pas de faire mon petit professeur. Qu’il s’agisse de casser les stéréotypes ou critiquer un abus de langage autour du mot « bipolaire ». Et comme c’est un de mes intérêts spécifiques, vous imaginez bien que j’y prends beaucoup de plaisir.
Je n’attends absolument pas des autres concernés qu’ils se prêtent à l’exercice avec autant de fougue. Les difficultés de chaque personne concernée sont différentes. L’énergie que l’on peut donner à la sensibilisation est également propre à chacun. Il en va particulièrement de ce trouble mental qui s’inscrit dans un contexte où l’entourage n’est pas toujours d’un grand soutien et qui force les concernés à garder le sujet pour eux.
Sensibiliser, ce n’est pas un jour — c’est un travail
J’estime seulement qu’il est bienvenu de la part de ceux qui en ont les moyens de sensibiliser dans la mesure de leurs capacités. Chez moi, ça s’est manifesté sous la forme de ce blog, et d’un livre couramment en lecture en maisons d’édition. Mais ça s’est fait au prix d’une importante fatigue.
Je comprends donc tout à fait en quoi ce World Bipolar Day peut trouver une place dans le cœur de certains. J’ai vu des événements qui mettent en lumière le trouble par la participation de médecins ou de professionnels. Seulement, je n’ai jamais été personnellement touché par l’intention. Ce sont mes lectures, ma motivation et ma passion pour le sujet qui ont déterminé ma manière d’approcher la chose. Pour moi, la sensibilisation, ce n’est pas poster une story par an sur un trouble permanent.
Parler, expliquer, répéter
C’est expliquer, nuancer, et répéter.
Encore et encore.
Et prendre la parole, quand on en a les moyens.
Surtout, c’est écouter les concernés. Trop souvent oubliés.
La bipolarité n’a pas de jour férié. Et dans quelques jours, ce sera la journée de l’autisme.
Et, pour être honnête, je ne sais même pas quoi en dire.
Car avant de parler de journées dédiées à ces deux conditions, on pourrait déjà s’attaquer à l’errance diagnostique.

