De nombreuses personnes autistes ont fait ou feront au moins un burn-out autistique dans leur vie. Pour beaucoup, il sera un facteur diagnostique. Les professionnels, souvent peu renseignés sur le sujet, le diagnostiquent souvent à tort comme une dépression. À leur décharge, le phénomène est très connu dans la communauté mais peu exploré dans la littérature scientifique. Pourtant, il s’agit d’un syndrome très différent de la dépression.
Mais alors, pourquoi cette confusion existe-t-elle et pourquoi est-elle si fréquente ? La différence entre burn-out autistique et dépression repose principalement sur l’origine des symptômes, la motivation et la réaction à la surcharge.
Parfois même parmi mon cercle d’amis autistes, j’observe la confusion entre burn-out autistique et dépression. De fait, l’un peut parfois mener à l’autre, et vice versa, ce qui rend la nature du mal que vit la personne difficile à identifier. Chez les personnes dépressives chroniques ou bipolaires (comme moi), la difficulté est encore plus importante.
Les psychiatres qui m’ont suivi auront beau avoir été heureux de ma forte connaissance de moi-même et de mon fonctionnement, j’ai d’abord été identifié comme dépressif avant d’être finalement dirigé vers mon centre expert (là où mon diagnostic d’autisme s’est déroulé). C’est là que l’hypothèse dépressive a été infirmée et que ma psychiatre m’a parlé de burn-out autistique.
Des symptômes souvent parallèles
La dépression, surtout chez les personnes autistes, peut se manifester par des symptômes relativement similaires.
Fatigue extrême
Dans les deux cas, la personne pourra passer beaucoup plus de temps à dormir, sans jamais se retrouver reposée. Néanmoins, on observe souvent une fatigue beaucoup plus conséquente dans le burn-out autistique que dans la dépression.
Dans la dépression
Chez cette dernière, on observe souvent une difficulté à se lever du lit par fatigue, mais surtout par perte d’envie et de capacité à le faire, avec pour cause l’humeur dépressive (manifestée par une tristesse profonde ou une anxiété très importante).
Dans le burn-out autistique
Dans le burn-out autistique, la personne peut dormir la majeure partie de la journée et se réveiller toujours aussi épuisée. Le corps et le cerveau ne récupèrent pas. Ça s’explique par la nature de la fatigue : elle est cognitive, sociale, sensorielle, émotionnelle et même physique. Bref, toutes les sphères de la vie de la personne autiste sont affectées par le burn-out autistique.
Altération des sensibilités sensorielles
Je n’en fais pas l’expérience mais les personnes autistes peuvent voir leurs sensibilités sensorielles altérées pendant une dépression, principalement par des hypersensibilités plus fines. Chez moi, elles sont anesthésiées.
C’est surtout dans le burn-out autistique que les personnes affectées voient leurs hypersensibilités sensorielles s’amplifier au point de parfois ne plus pouvoir sortir de chez elles.
- La lumière du soleil (même en plein mauvais temps) peut être insoutenable
- Les bruits environnants à l’extérieur extrêmement difficiles à gérer
- Les sensibilités gustatives s’aiguiser (au point de ne plus varier du tout ses repas et ne plus apprécier des aliments habituellement savoureux)
- Les odeurs devenir envahissantes et empêcher les sorties à l’extérieur.
- Le moindre contact tactile insoutenable.
C’est tout le système sensoriel qui est touché. Chez moi, le plus intrigant fut une transition d’hyposensibilité olfactive (je ne sentais jamais rien ou presque) à une hypersensibilité qui s’est intensifiée constamment. Elle est restée hypersensible même après le burn-out terminé.
Intensification des traits autistiques
Burn-out autistique
Avec les hypersensibilités, apparaît naturellement le stimming beaucoup plus fréquent pour beaucoup de personnes autistes. Elle en développe parfois de nouveaux stims et peut donc paraître plus autiste, là où elle paraît souvent plus inerte dans une dépression. L’adhésion aux rituels et aux routines est également beaucoup plus importante ainsi que la rigidité qui est plus forte. Pour cause, la surcharge générale rencontrée par la personne autiste, qui n’est pas à l’origine de la dépression.
Dépression
Au contraire, dans une dépression, l’énergie s’effondre et la difficulté à maintenir un train de vie quotidien réduit ces traits autistiques. Les routines rendent la vie plus structurée des personnes autistes, et disparaissent donc souvent en dépression. Ce n’est cependant pas systématique : certaines personnes autistes maintiennent leurs rituels ou leurs stims, mais il ne s’agit pas de comportements liés à la dépression. Il peut s’agir de réponses à un burn-out autistique concomitant.
L’anhédonie
Le symptôme principal de la dépression, c’est l’anhédonie : la perte d’envie ou de plaisir à faire des activités habituellement plaisantes. En clair, la motivation s’effondre. C’est très visible chez les personnes autistes qui consacrent souvent une grande partie de leur temps à leurs intérêts spécifiques.
Lorsque je suis en plein épisode dépressif, je ne regarde plus de films, je ne code plus, et je ne lis plus : je ne fais plus rien. Et c’est extrêmement déstabilisant, raison pour laquelle je me suis retrouvé si confus les années qui ont précédé mes diagnostics d’autisme et de trouble bipolaire.
C’est quelque chose que l’on observe rarement dans un burn-out autistique. Et lorsqu’une perte d’activité apparaît, elle est généralement liée à l’épuisement plutôt qu’à une perte d’intérêt. La motivation est intacte et l’envie de faire reste présente, ce qui la distingue de la dépression et c’est mon critère principal de différenciation.
Liens avec la surcharge
Tous les comportements du burn-out autistique sont plus ou moins liés à la surcharge, de sorte que les crises autistiques se font souvent plus fréquentes et l’isolement social plus marqué. C’est une réponse automatique du cerveau, un mode de survie qu’il active, le temps que la surcharge diminue et que la personne autiste puisse se reposer et retrouver un environnement plus adapté.
Même chose pour les fonctions exécutives qui peuvent être fortement altérées dans le burn-out autistique. Dans la dépression, les difficultés sont souvent davantage liées au ralentissement psychomoteur et au manque d’énergie.
Problèmes liés à l’humeur
On distingue également de fortes différences entre burn-out autistique et dépression dans le sens où l’humeur dépressive (tristesse/anxiété), la dévalorisation de soi et les idées suicidaires sont typiques de la dépression, et habituellement peu présentes dans le burn-out autistique.
Amélioration de l’état
Une question qu’il convient de se poser est la suivante : « Que devient mon état lorsque je me retrouve dans un environnement calme, sécurisé et adapté à mes besoins ? ».
- « Mon état s’améliore, je me sens moins fatigué » → Burn-out autistique : le syndrome tend à se stabiliser lorsque la surcharge sensorielle et sociale diminue.
- « Mon état ne s’améliore pas » → Dépression : la dépression est plus constante et peut empirer avec le temps indépendamment de facteurs environnementaux tels que la surcharge sensorielle.
En fait, la dépression se maintient même en l’absence de surcharge (même si son intensité peut varier naturellement dans une journée).
Apparition / récupération
La dépression s’installe souvent insidieusement, ou brutalement chez les personnes bipolaires en fin d’épisode (hypo)maniaque habituellement. Chez les personnes bipolaires, ça s’explique par un trop fort épuisement des neurotransmetteurs qui résulte dans ce que beaucoup appellent « crash » (l’humeur explose et retombe subitement).
Le burn-out autistique est beaucoup plus brutal (qu’importe que la personne ait un trouble bipolaire ou non), à la manière d’une crise autistique telle qu’un shutdown ou un meltdown. Il disparaît progressivement à mesure que la surcharge se régule et que la personne autiste prenne davantage conscience de ses besoins.
Même s’il est brutal, on peut souvent percevoir des signes avant-coureurs du burn-out autistique.
La dépression prend fin elle aussi avec le temps, mais requiert un traitement médical prescrit par un psychiatre habituellement, souvent avec des antidépresseurs ou des régulateurs de l’humeur chez les personnes bipolaires. La cause : la dépression implique des mécanismes biologiques et neurochimiques complexes, ce qui explique qu’elle nécessite souvent un traitement médical.
Le burn-out autistique est lui, une réponse neuronale à une surcharge pour laquelle aucun traitement n’existe. Il est le signal que la personne doit s’arrêter et repenser son quotidien.

La difficulté de distinction
Avec tous ces points, on peut comprendre pourquoi il peut être difficile de faire la distinction entre burn-out autistique et dépression, quand bien même les symptômes varient entre les deux. La recherche doit encore avancer sur le sujet et le corps médical s’y sensibiliser. L’errance diagnostique peut être extrêmement déroutante et l’instauration quasi systématique de traitements pour le mauvais diagnostic, très problématique pour les personnes concernées.
Mieux connaître ces signes, et mieux se connaître soi-même, c’est souvent avancer plus vite avec les professionnels. L’important reste d’avoir une communication claire et précise avec les professionnels. Il serait dangereux de traiter médicalement un burn-out autistique, mais aussi de ne pas traiter une dépression à tort considérée comme un burn-out.


