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  • Illustration d'un homme maniaque qui rit aux éclats avec des symboles

    J’ai récemment parlé de l’humour dans l’autisme. Là où cela peut devenir très intrigant, c’est d’observer comment l’épisode maniaque transforme l’humour des personnes bipolaires, y compris celles qui sont autistes. L’épisode maniaque peut profondément modifier le comportement, y compris la manière de rire et de faire de l’humour. Chez certaines personnes, la manie s’accompagne d’une euphorie intense, d’une désinhibition et d’une accélération des idées, ce qui peut transformer totalement la perception du comique. La relation entre manie et humour est donc particulièrement marquée chez certaines personnes.

    Quand je suis maniaque, c’est la fête à la rigolade. Je génère plus de rires en quelques minutes — souvent surtout chez moi — que toutes les personnes autour de moi pendant la soirée toute entière. On m’a plusieurs fois fait remarquer que « je n’avais jamais autant ri ». Tout est prétexte au rire : les jeux de mots, la sonorité des phrases, l’absurdité que je m’invente autour de ce que j’entends, mes mondes intérieurs, et parfois même simplement les phrases que je prononce.

    J’ai souvenir, dans un bar en avril, qu’un ami avait remarqué que j’étais maniaque, me l’avait dit, et j’ai presque fondu en larmes de joie parce que j’essayais de lui expliquer ce qui me traversait l’esprit sans visiblement réussir totalement. 

    Expliquer la manie à un moldu, un défi. Même parler de moldu peut me faire rire dans cet état. Toutes mes inventions et tous mes néologismes deviennent sources de rire. Parfois, les autres font des jeux de mots, que je suis le seul à percevoir, et je ris.

    Je me suis observé regarder l’entièreté de Big Bang Theory en une semaine en février 2025, à rire aux larmes des dizaines de fois par épisode. Hop petit calcul de rires générés :

    • Épisodes : 279
    • Durée : 22 minutes
    • Durée totale : 6 138 minutes
    • Si je pars du principe que je riais environ 3 fois par minute…
    • Rires totaux : 6 138 x 3  = 18 414

    Ça fait une sacrée dose de rires, que je n’hésitais pas à partager aux autres en filmant l’écran de ma télévision et en envoyant des messages.

    Pourquoi tout devient drôle en épisode maniaque

    C’est là la différence : je peux m’amuser tout seul, regarder des sketchs, mais c’est rare que je partage avec les autres mon rire. Il a une certaine forme personnelle… jusqu’à ce que je fasse un virage maniaque. L’épisode amplifie la sociabilisation, ce qui peut détonner quand il implique une personne autiste.

    L’épisode l’invite à vouloir partager TOUT avec TOUT LE MONDE. Il n’est plus question de seulement converser avec son entourage proche, il devient question de commencer à discuter avec tout le monde, même des personnes à qui on adresse presque jamais la parole. En manie, je veux partager mon euphorie, je veux partager mon rire. Je veux que tout le monde ressente mon bien-être et le partage avec moi.

    Perte de filtre et tirade sans fin

    Parfois, ça déborde. Je peux entrer dans un délire personnel tellement intensément qu’il en vient à alourdir la conversation. Et par conversation, j’entends le monologue que je déverse sur mon interlocuteur, emporté par le flux de mes pensées. Habituellement, je garde pour moi la plupart des pensées comiques qui s’enchaînent. Il m’arrive d’en partager quelques-unes, mais elles restent ponctuelles.

    Quand je suis maniaque, en revanche, je me préoccupe moins de mon entourage que de l’urgence que je ressens à dire tout ce que je pense. Je n’ai plus aucun des filtres que je mets en place quand je suis stable.

    Et parfois, ça va trop loin. On m’a déjà sommé d’arrêter de parler parce que ça avait perdu de son éclat, que ça devenait lourd. Ce qui a le don de me donner encore plus envie de continuer : en manie, toute tentative de me freiner peut être vécue comme une contrainte.

    Des exemples parlent plus que des explications. Deux exemples qui ont d’abord agacé l’entourage, à l’exception de mon meilleur ami qui s’est joint à moi, puis contaminé une partie des autres. Ils ont eu lieu au Cambodge en 2025 (sur lequel j’ai écrit une série d’articles).

    Boom boom à chaque fin de phrase

    « Boom boom », c’est l’équivalent khmer du simlish « faire crac-crac » (Les Sims). Je n’ai aucune idée de comment le délire a commencé. Je sais simplement que je trouvais l’expression amusante dans sa sonorité. Il a suffi d’une soirée dans la piscine du premier hôtel pour que « Boom boom » serve de synonyme à quasiment tous les mots du vocabulaire français quand je parlais avec mon meilleur ami.

    « Boom boom » comme ponctuation, verbe, complément. L’idée, c’était de communiquer en l’employant à toutes les sauces (sans mauvaise arrière-pensée).

    Au bout de quelques jours, le mot n’avait plus aucun sens. C’était devenu une ponctuation universelle.

    Et quand je suis maniaque, un jeu comme celui-ci, aussi beauf ou ridicule soit-il, peut rester longtemps dans ma tête. Je vous laisse donc imaginer que j’ai profité de tout le séjour pour jouer dessus, quand bien même mon meilleur ami était le seul à y participer.

    La chanson des enfants

    Celui-ci est plus noir, ou plutôt plus mal placé. Avec le recul, je trouve cette blague franchement déplacée. Sur le moment, pourtant, mon cerveau maniaque n’y voyait absolument aucun problème.

    À deux moments différents, sans se concerter, le même ami dont je parlais et moi avons eu la même référence en tête en visitant les temples d’Angkor. Une petite fille vendait des albums photos, en répétant la même phrase, incessamment, malgré nos refus. La particularité, c’est qu’elle semblait chanter son discours en boucle.

    Pour ceux qui manqueraient de la référence, un épisode de Bref., où des personnes sans abri se mettent à chanter leurs discours sur la même mélodie (dans le métro, épisode 41, « Bref. J’ai pris le métro. »). On avait la même référence, et on l’a tous les deux appliquée automatiquement à cette petite fille.

    On s’est mis à chanter le discours en boucle pendant des heures au point de déclencher autant des rires masqués que de l’agacement (car ça restait une blague très limite). Et à ce jeu, j’étais le pire.

    Impossible de m’arrêter.
    Un blanc → la chanson.
    Une phrase à la mélodie semblable → la chanson.
    Aucune raison → la chanson.
    Bref (contrairement au format de la série), ce fut long.

    Ces deux exemples illustrent parfaitement le débordement. En l’occurrence, ils étaient soutenus par une personne, mais ce n’est pas toujours le cas. Et je suis resté celui qui en a le plus abusé. Mes filtres avaient sauté, mes limites avec.

    Un mot sur ces dérapages habituels

    Le problème principal, c’est qu’il m’est arrivé de chanter la blague en présence d’un super chauffeur khmer qui nous faisait la visite guidée des temples. Avec le recul, j’imagine qu’il aurait pu faire le lien et trouver la blague de mauvais goût (elle l’était). Quand je sais qu’il s’agit du pays dans lequel j’envisage de vivre, je culpabilise un peu.

    La manie ne crée pas cet humour : elle l’amplifie.
    Elle accélère les idées, les associations, le rire, le besoin de partager.
    Jusqu’à transformer un jeu personnel en quelque chose qui déborde sur les autres.
    Et le plus troublant, c’est que sur le moment, tout cela paraît parfaitement naturel.
    Et sur le moment, ça ne se voit pas forcément.

    Cette amplification de l’humour n’est qu’une des nombreuses transformations que peut provoquer un épisode maniaque. Les mêmes mécanismes influencent aussi la sociabilité, la créativité, les achats impulsifs ou encore le sommeil. J’y reviendrai dans d’autres articles

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    Par Florent

    Flo, développeur et cinéphile. Autiste et bipolaire, je partage ici mes cycles, mes passions et mes découvertes sur la neurodiversité.

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