
Shutdown et meltdown : comprendre les crises autistiques
Dans l’imaginaire collectif, un autiste, c’est quelqu’un de renfermé exceptionnel en maths, calme et qui se balance d’avant en arrière.…
Chroniques d'un esprit atypique — Sans vernis ni détour

Dans l’imaginaire collectif, un autiste, c’est quelqu’un de renfermé exceptionnel en maths, calme et qui se balance d’avant en arrière.…

Le burn-out autistique, en quelques mots, c’est comme un shutdown complet de longue durée. Il fait souvent suite à une…

Un ancien ami m’a une fois demandé comment je voyais le fait d’être amoureux. J’ai répondu que c’était « tout plein…
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L’autisme est souvent mal compris. On le résume à quelques clichés, alors qu’il s’agit en réalité d’un trouble du neurodéveloppement qui affecte la communication, les interactions sociales et la perception sensorielle. L’autisme est un spectre, regroupé depuis 2013 sous l’appellation trouble du spectre de l’autisme (TSA). Il se manifeste de manière très différente selon les personnes. Avant d’entrer dans les nuances, il est nécessaire de revenir sur ce qu’est réellement l’autisme.
Récemment, on m’a fait des retours quant à mes mentions de l’IA. Enfin, récemment on m’en a fait de sorte que j’eus envie d’en parler. Ces reproches, on me les fait en fait depuis que j’utilise l’IA. Ils sont multiples : certains s’interrogent sur l’utilisation que j’en fais pour donner vie à mon imagination dans mes illustrations ; d’autres commentent les retours « psychologiques » de GPT que je cite ; d’autres encore questionnent son rôle de relecteur. Le sujet est d’actualité, j’ai pensé donc clarifier quelques-uns de ces points.
Judy Singer, une sociologue autiste, a donné naissance à la neurodiversité dans les années 1990. Le concept : reconnaître que la diversité de fonctionnement cognitif fait partie de la diversité humaine au même titre que les diversités sociales, culturelles, ou même la biodiversité. Axé initialement sur l’autisme, il s’est progressivement étendu à d’autres conditions et plus tard, à d’autres troubles mentaux. Aujourd’hui, ce mouvement a eu de grandes forces dans la communauté et le regard porté sur l’autisme, mais est aussi sujet à controverses.
Ce blog n’a pas pour vocation de parler uniquement d’autisme. Dès le départ, lorsque j’ai eu l’idée de me lancer dans ce projet, j’espérais livrer un témoignage d’envergure quasi unique sur deux de mes conditions : l’autisme et le trouble bipolaire. Pourquoi unique ? Simplement car je me suis aperçu que la littérature manquait cruellement de témoignages sur ces deux comorbidités pourtant très fréquentes, la bipolarité y étant même plus fréquente que chez les allistes. Et d’envergure car je comptais me livrer de manière brute dans une très longue série d’articles détaillant mon vécu avec ces deux troubles.
J’ai accumulé au fil du temps toutes sortes d’atypicités qui dépassent les simples critères de diagnostic. Elles font partie de mon quotidien, et de l’acceptation de mon autisme. Petit à petit, elles ont même renforcé la légitimité de mon diagnostic. J’ouvre donc cette série d’articles pour raconter ces péripéties autistiques : des bizarreries parfois loufoques, parfois drôles, toujours singulières. J’appelle ça mes autisteries — un mot que j’ai inventé pour désigner ces petites absurdités typiquement autistiques… et qui me font souvent sourire (et parfois les autres aussi).
Récemment, je me suis rendu à la MDPH dans un département qui avait subi une cyber-attaque qui leur avait fait perdre tous leurs dossiers électroniques. La salle était remplie et bruyante. Instinctivement, j’ai donc remis mes lunettes de soleil. Ça a surpris mon conseiller, mais fait rire ma mère, qui a compris le processus. C’était un moyen de compenser. Il fallait que je puisse entendre mon numéro pour me rendre au guichet, puis que j’entende mon conseiller. Le port du casque à réduction de bruit m’était donc impossible. J’ai donc eu recours à mes lunettes de soleil pour maximiser la réduction non pas du bruit sonore, mais du bruit global perçu par mon cerveau.
J’ai écrit de nombreux articles de ce blog en l’espace de quelques jours. Un mois avant, j’avais écrit deux livres en moins de deux semaines. Encore avant, en mars 2025, j’ai vécu une expérience ultra stimulante à sociabiliser du matin au soir pendant un stage de ski. En janvier, même schéma. Le point commun ? Il s’agissait là à chaque fois d’épisodes hypomaniaques à la suite desquels se sont systématiquement développés des épisodes maniaques. Après une saison 28 riche en rebondissements, la saison 29 commence mal : dans l’épisode de septembre, ma psychiatre m’a confirmé que j’étais passé en cycle rapide.
Les stéréotypies, ce sont ces mouvements ou sons qui paraissent souvent comme des tics pour l’œil non averti. Pourtant, ils sont très différents. Dans leur manifestation, et dans leur rôle. Ils sont réguliers, répétitifs, rythmés et sans but apparent. « Apparent », c’est la clé. Ils jouent en réalité un rôle de régulation sensorielle et émotionnelle. En un mot, ils sont essentiels à la vie de la personne autiste. Dans le jargon autistique, on parle souvent de stim. C’est la version autistique de stéréotypie, plus médicale et connotée négativement.
Quand on parle d’autisme, on emploie souvent un certain nombre de mots qui n’apparaissent habituellement pas dans le langage courant. La plupart ne sont même pas définis dans les dictionnaires. Dans la communauté autistique, ils permettent d’interagir plus facilement pour mettre des mots là où il n’y en a pas. Ce vocabulaire peut toutefois sembler obscur pour les non concernés, mais aussi les personnes autistes non diagnostiqués ou nouvellement diagnostiquées.
J’ai déjà évoqué les cinq sens principaux (ouïe, vue, toucher, odorat, goût), le corps humain en dispose de plusieurs autres, notamment quatre : le système vestibulaire, la proprioception, la nociception et la thermoception. Ce dernier, vous le connaissez bien : c’est celui responsable de vous transformer en flacon l’hiver et d’être une marmite l’été. Chez les personnes autistes, ils sont souvent altérés de la même manière que les cinq principaux. Ces sens dits invisibles façonnent pourtant notre quotidien. Quand ils sont atypiques, comme c’est souvent le cas dans l’autisme, cela peut transformer des expériences banales en véritables montagnes russes.