
Quand l’amour devient surcharge sensorielle
Un ancien ami m’a une fois demandé comment je voyais le fait d’être amoureux. J’ai répondu que c’était « tout plein…
Chroniques d'un esprit atypique — Sans vernis ni détour
Témoignages, vulgarisation scientifique et ressources sur l'autisme, le trouble bipolaire et la cognition atypique.

Un ancien ami m’a une fois demandé comment je voyais le fait d’être amoureux. J’ai répondu que c’était « tout plein…

5 à 8% des personnes autistes seraient affectées d’un trouble bipolaire, et pourtant, cette association entre ces deux conditions est…

Suite à mes articles sur les épisodes du trouble bipolaire, il est temps de les illustrer par un récit vivant…
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Judy Singer, une sociologue autiste, a donné naissance à la neurodiversité dans les années 1990. Le concept : reconnaître que la diversité de fonctionnement cognitif fait partie de la diversité humaine au même titre que les diversités sociales, culturelles, ou même la biodiversité. Axé initialement sur l’autisme, il s’est progressivement étendu à d’autres conditions et plus tard, à d’autres troubles mentaux. Aujourd’hui, ce mouvement a eu de grandes forces dans la communauté et le regard porté sur l’autisme, mais est aussi sujet à controverses.
Ce blog n’a pas pour vocation de parler uniquement d’autisme. Dès le départ, lorsque j’ai eu l’idée de me lancer dans ce projet, j’espérais livrer un témoignage d’envergure quasi unique sur deux de mes conditions : l’autisme et le trouble bipolaire. Pourquoi unique ? Simplement car je me suis aperçu que la littérature manquait cruellement de témoignages sur ces deux comorbidités pourtant très fréquentes, la bipolarité y étant même plus fréquente que chez les allistes. Et d’envergure car je comptais me livrer de manière brute dans une très longue série d’articles détaillant mon vécu avec ces deux troubles.
J’ai accumulé au fil du temps toutes sortes d’atypicités qui dépassent les simples critères de diagnostic. Elles font partie de mon quotidien, et de l’acceptation de mon autisme. Petit à petit, elles ont même renforcé la légitimité de mon diagnostic. J’ouvre donc cette série d’articles pour raconter ces péripéties autistiques : des bizarreries parfois loufoques, parfois drôles, toujours singulières. J’appelle ça mes autisteries — un mot que j’ai inventé pour désigner ces petites absurdités typiquement autistiques… et qui me font souvent sourire (et parfois les autres aussi).
Récemment, je me suis rendu à la MDPH dans un département qui avait subi une cyber-attaque qui leur avait fait perdre tous leurs dossiers électroniques. La salle était remplie et bruyante. Instinctivement, j’ai donc remis mes lunettes de soleil. Ça a surpris mon conseiller, mais fait rire ma mère, qui a compris le processus. C’était un moyen de compenser. Il fallait que je puisse entendre mon numéro pour me rendre au guichet, puis que j’entende mon conseiller. Le port du casque à réduction de bruit m’était donc impossible. J’ai donc eu recours à mes lunettes de soleil pour maximiser la réduction non pas du bruit sonore, mais du bruit global perçu par mon cerveau.
Les cycles rapides du trouble bipolaire sont longtemps restés un angle mort pour moi. Pourtant, les signes étaient déjà là. J’ai écrit de nombreux articles de ce blog en l’espace de quelques jours. Un mois plus tôt, j’avais écrit deux livres en moins de deux semaines. Encore avant, en mars 2025, j’ai vécu une période particulièrement stimulante à socialiser du matin au soir. En janvier, même schéma. Le point commun ? À chaque fois, un épisode hypomaniaque qui a fini par évoluer vers un épisode maniaque. En septembre 2025, ma psychiatre m’a confirmé que mon trouble bipolaire était désormais passé en cycles rapides. J’ai alors réalisé que je connaissais très mal cette forme du trouble bipolaire, pourtant associée à une évolution souvent plus difficile et plus complexe à prendre en charge.
Les stéréotypies, aussi appelées stims dans la communauté autistique, sont ces mouvements ou sons qui ressemblent parfois à des tics pour un œil non averti. Pourtant, les stims et les tics sont très différents. Les stims sont réguliers, répétitifs, rythmés et semblent ne poursuivre aucun but. « Semblent » est le mot important : ils jouent en réalité un rôle essentiel dans la régulation sensorielle et émotionnelle des personnes autistes. En un mot, ils sont essentiels à leur équilibre.
Quand on parle d’autisme, on emploie souvent un certain nombre de mots qui n’apparaissent habituellement pas dans le langage courant. La plupart ne sont même pas définis dans les dictionnaires. Dans la communauté autistique, ils permettent d’interagir plus facilement pour mettre des mots là où il n’y en a pas. Ce vocabulaire peut toutefois sembler obscur pour les non concernés, mais aussi les personnes autistes non diagnostiqués ou nouvellement diagnostiquées.
J’ai déjà évoqué les cinq sens principaux (ouïe, vue, toucher, odorat, goût), le corps humain en dispose de plusieurs autres, notamment quatre : le système vestibulaire, la proprioception, la nociception et la thermoception. Ce dernier, vous le connaissez bien : c’est celui responsable de vous transformer en flacon l’hiver et d’être une marmite l’été. Chez les personnes autistes, ils sont souvent altérés de la même manière que les cinq principaux. Ces sens dits invisibles façonnent pourtant notre quotidien. Quand ils sont atypiques, comme c’est souvent le cas dans l’autisme, cela peut transformer des expériences banales en véritables montagnes russes.
Un de mes plus vieux souvenirs, c’est d’observer les fines particules volantes à la fenêtre de ma chambre. Cette vision me fascinait. Pourtant, toute ma vie, mes sensibilités sensorielles ont été mon plus important handicap. Elles étaient le principal déclencheur de mes crises autistiques. Lorsque j’ai vécu mon premier burn-out autistique, mes hypersensibilités sensorielles se sont intensifiées au point que je les ai qualifiées de « détraquées ». Ce qui me gênait ou ce à quoi je m’étais habitué m’était devenu intolérable. Puisqu’elles font partie intégrante du diagnostic et de la vie des personnes autistes, il convient d’en donner quelques explications et mon témoignage.
Les rituels, comme les routines, transforment un monde perçu comme imprévisible en quelque chose de stable et maîtrisable. Pour rappel, la différence clé entre ces deux notions est qu’une routine est une suite d’actions ou de gestes réguliers et organisés, alors que le rituel est une action portant une valeur symbolique, émotionnelle ou identitaire.