Masking autistique : définition, signes et conséquences

Illustration d'une personne qui retire son masque

Le masking, parfois appelé camouflage social, consiste, pour les autistes, à compenser leurs difficultés dans toutes les sphères affectées afin de mieux se fondre dans la masse sociale. En pratique, il s’agit d’invisibiliser ses difficultés et donc ses différences. Un nombre conséquent de personnes autistes ont recours à ces mécanismes (au pluriel, car ils sont multiples). Souvent, dans la jeunesse. Parfois depuis la petite enfance. C’était mon cas.

En psychiatrie, le terme habituellement employé est la « compensation » de ses difficultés. Dans la communauté autistique, on parle plutôt de masking dans le sens où l’objectif n’est pas à proprement parler de surmonter des difficultés. L’objectif est pratiquement de tuer ses traits autistiques pour essayer de faire concorder ses comportements à ceux des personnes allistes.

Une revue systématique consacrée au camouflage autistique le décrit comme une réponse principalement motivée par les normes sociales, l’acceptation et la peur du rejet.

En bref :

  • Définition : le masking autistique désigne l’ensemble des stratégies utilisées, consciemment ou non, pour dissimuler ses traits autistiques et répondre aux attentes sociales.
  • Formes : il peut être social, sensoriel, émotionnel, comportemental, verbal ou cognitif.
  • Signes : préparer ses interactions, imiter les autres, réprimer ses stims ou se sentir épuisé après avoir sociabilisé peuvent indiquer un masking important.
  • Utilité : le masque peut faciliter certaines relations, l’intégration professionnelle ou la protection contre les réactions négatives.
  • Coût : lorsqu’il devient permanent, il peut entraîner surcharge, perte de repères, besoins insatisfaits et burn-out autistique.
  • Point clé : réduire progressivement son masking tout en exprimant ses besoins est souvent plus réaliste que chercher à le supprimer complètement.

Les différents types de masking

Le masking dans l’autisme se manifeste, en fonction des personnes, parmi plusieurs ou toutes les sphères de leur vie quotidienne. On parle couramment de masking social car l’objectif du procédé est de se fondre dans la masse, se rendre invisible. Mais le masking est en réalité social, sensoriel, émotionnel, et même verbal (dans les interactions). En voilà donc une description précise.

Le masking social

Pour exprimer spécifiquement en quoi consiste le masking social, il faut d’abord rappeler que l’autisme est avant tout un trouble lié à une différence dans les interactions sociales et la communication. Les règles sociales implicites, les conventions sociales, la manière d’interagir avec les autres sont principalement affectées. Ces critères sont non négociables dans le diagnostic de l’autisme.

Observer et reproduire les comportements sociaux

Dès lors, le masking social consistera surtout à agir selon des normes qui ne sont pas les siennes. Apprendre les conventions et les respecter sans vraiment les comprendre est souvent l’une des premières dispositions entreprises. Le masking social est néanmoins nettement plus intense chez beaucoup de personnes autistes : dans de nombreux témoignages, elles expliquent comment elles observent (parfois très minutieusement) les comportements des allistes afin de les répliquer au mieux possible.

Cela se manifeste par exemple par le contact visuel forcé. Vous savez, ce stéréotype qui pousse les professionnels à répliquer à beaucoup de personnes en errance diagnostique qu’elles ne peuvent pas être autistes car « elles regardent dans les yeux ». Je pense aussi au sourire, au hochement de tête, au rire, aux expressions faciales apprises et forcées, tout ça dans l’objectif de sembler interagir comme n’importe qui d’autre de « normal ».

Préparer les interactions avec des scripts sociaux

Le masking social, c’est aussi tous ces scripts sociaux qu’on construit dans sa tête pour préparer des interactions. Avant d’arriver chez quelqu’un, j’ai toujours une conversation préparée. Une amie s’était même offusquée que j’aie besoin de faire ça avec elle. Le truc, c’est que je fais ça avec tout le monde. Les scripts, c’est aussi ce qu’on construit au fil du temps pour gérer des conversations classiques. Chez moi, c’est « La Guadeloupe » qui vient à chaque fois qu’on me demande d’où je viens, et qui consiste toujours en la même suite de réponses.

Le masking sensoriel

On y pense moins, et c’est pourtant l’un des maskings qui fait le plus la différence. Dans mon cas, c’est même celui qui a causé la surprise de mon entourage après mon diagnostic parce que « j’y arrivais avant ».

Je pense ici à toutes les manœuvres mises à profit pour supporter les stimuli sensoriels, qu’ils soient externes ou internes. Supporter un repas de deux heures au restaurant dans le brouhaha alentour ; supporter les câlins (ou les rejeter sans paraître « bizarre ») ou même la bise ; supporter un vêtement avec une étiquette qui gratte ; supporter une pièce trop odorante (parfums, encens, nourriture) ; tout ça, parfois au lourd prix de crises autistiques, ou au moins d’une fatigue toujours grandissante.

L’entourage ne le remarque souvent pas, car la personne autiste elle-même ne sait parfois pas à quel point elle compense dans ces moments-là. Beaucoup de personnes autistes ont connaissance de leurs hypersensibilités sensorielles mais beaucoup d’entre elles pensent qu’elles sont universelles, avant le diagnostic.

Le masking émotionnel

Plus rarement évoqué, il convient de le détailler ici. Les personnes autistes sont souvent sujettes à une plus forte charge émotionnelle. Près de la moitié (49,93 %) des personnes autistes seraient également alexithymiques (à savoir, la difficulté à identifier, comprendre et exprimer ses émotions), selon une méta-analyse publiée en 2019, contre environ 5 % des personnes non autistes étudiées.

Lorsqu’elle n’arrive plus à gérer le flux ou la charge émotionnelle, on parle de surcharge. Et la surcharge peut conduire les autistes au meltdown, une crise autistique qui se manifeste par un effondrement ou une explosion émotionnelle. Le masking émotionnel entre alors en jeu : internaliser le plus possible pour empêcher une crise de se produire (j’ai développé cette forme de « crise à retardement » avec l’âge).

Plus globalement, sans même atteindre ce point de non-retour, beaucoup de personnes autistes apprennent à retenir leurs larmes ou à garder une expression neutre pour masquer une détresse émotionnelle. Je connais des autistes particulièrement sujets à cette forme de compensation car on leur a appris dans l’enfance que « les hommes ne pleurent pas ». Et ce n’est pas une règle d’hommes des cavernes, elle existe encore aujourd’hui dans certaines familles ou cultures.

Le masking comportemental

Là, c’est simple : on parle de masquer ses traits autistiques, restreints et répétitifs, tout simplement.

Le diagnostic du TSA repose sur une catégorie dédiée aux comportements répétitifs et restreints : les stims, les routines et les rituels, et les intérêts spécifiques. Tous ces comportements sont habituellement parmi ceux que les allistes remarquent le plus. Ceux qui font paraître la personne autiste comme quelqu’un de bizarre, étrange.

Masquer ses stims

Beaucoup d’autistes apprennent à réduire ou anéantir complètement leurs stims. Je me rappelle avoir commencé à le faire autour de mes 6 ans. À chaque fois qu’on me notifiait un stim comme étrange, je l’éliminais (souvent pour un stim plus discret). Ceux qui dérangeaient moins restaient, ou changeaient de forme : d’un simple balancement, je suis passé au balancement sur ma chaise.

Renoncer à ses routines et à ses rituels

Les rituels ont pris plus de temps à disparaître : j’ai marché étrangement (mais de manière très méthodique) sur le carrelage jusqu’à mon adolescence, avant de l’éliminer aussi et le garder pour mes marches solitaires.

Certains autistes vont jusqu’à masquer leurs routines, ou se forcer à ne pas les entreprendre jusqu’au bout pour se conformer aux besoins extérieurs. L’ensemble de ces procédés peut générer une forte anxiété chez les personnes autistes.

Dissimuler ou modifier ses intérêts spécifiques

En dernière position se trouvent les intérêts spécifiques. Certains autistes, en particulier les femmes, développent des intérêts spécifiques moins atypiques (mais toujours aussi intenses) pour se conformer aux attentes genrées de la société. Elles le font dès la petite enfance. Les autres peuvent également apprendre à développer des intérêts spécifiques plus conformes aux attentes de la société avec l’âge.

J’ai été fasciné par Code Lyoko au point d’en faire des cartes d’anniversaire jusqu’à mes 14 ans, que je remplaçais progressivement par ma passion pour la programmation, initiée à 11 ans. La programmation impressionnait. Code Lyoko, Nintendo et Spider-Man, beaucoup moins.

Le masking comportemental, c’est justement aussi réussir à mettre fin à ses infodumps non requis et savoir s’intéresser aux autres, les questionner, etc.

Le masking verbal

Cette forme de masking consiste à adapter son mode de communication à celui des personnes allistes (et j’ose le dire, parfois même aux autres personnes autistes, j’y reviendrai).

Modifier sa manière de parler

La communication verbale et non verbale est normalement altérée dans l’autisme, de manière plus ou moins marquée. On remarque souvent une voix monotone, ou au contraire, très mélodieuse ; un rythme de paroles plus rapide, ou plus posé (comme un documentariste) ; et des formulations atypiques, parfois presque soutenues.

Le masking correspond alors à adapter sa prosodie, son ton, ses intonations, son rythme, et même son choix de mots. J’ai encore souvenir au lycée de moqueries parce que j’avais choisi une formulation extrêmement littéraire pour exprimer un message aux autres (et je vous assure, dire « le message que je vous exprime » aux autres, garantira lui aussi des moqueries ou au moins une taquinerie).

Apprendre à équilibrer une conversation

Pourquoi adapter la communication pour les personnes autistes ? Parce que si je ne le faisais pas, j’en serais probablement à communiquer principalement sur ce qui m’intéresse et n’en viendrais jamais à demander à l’autre personne comment elle va et ce qui la passionne. Mais : l’autre a souvent aussi la même capacité, ce qui fonctionne donc plutôt bien entre nous.

Beaucoup de lecteurs allistes auront probablement trouvé cette phrase parfaitement normale. Pourtant, ce comportement n’est pas naturel chez tout le monde. Chez beaucoup de personnes autistes, poser des questions, changer spontanément de sujet ou maintenir un équilibre dans la conversation relève d’un apprentissage.

Le masking cognitif

Le choix de mot n’est pas évident. C’est probablement le type de masking auquel même les autistes pensent le moins.

En pratique, il s’agit en fait de se questionner, réfléchir, ressasser, anticiper les situations sociales. Beaucoup d’autistes font face à des situations sociales difficiles à gérer, et n’ont parfois aucun moyen de savoir s’ils ou elles ont bien géré ladite situation. Parfois, ils/elles ont droit à des moqueries, à des regards suspicieux ou intrigués. C’est suffisant pour créer un problème mental à résoudre et qui ne laissera la personne autiste se reposer que quand il sera résolu.

Résoudre ou comprendre une situation sociale, c’est aussi permettre de mieux anticiper la prochaine. Problème : les situations sociales sont rarement les mêmes. Et les personnes autistes sont souvent maîtresses dans l’art de ne pas généraliser correctement et d’appliquer une solution apprise à toutes les suivantes. 

Dès lors, elles continuent d’assimiler de nouveaux cas d’usage et complètent leur collection de problèmes sociaux. Le procédé est particulièrement coûteux et peut épuiser, voire vider totalement, la personne.

Infographie présentant les six formes du masking autistique : sociale, sensorielle, émotionnelle, comportementale, verbale et cognitive

Comment il s’installe dès l’enfance

De nombreuses personnes autistes commencent à masquer très tôt, parfois jusqu’à l’enfance. Sont concernées, souvent citées mais pas exclusivement, les femmes, et possiblement les personnes à HPI. Les raisons sont différentes pour les deux groupes.

Les femmes, au top de la compensation

Les femmes grandissent souvent dans un environnement genré, ou plutôt une société très genrée, dans laquelle elles sont éduquées très tôt à se comporter de manière très particulière et « convenable » (aux yeux de cette même société). Cette éducation prend racine dès le plus jeune âge, ce qui les conduit à concevoir un masque social relativement tôt. Plus elles grandissent, plus ce masque se développe et devient en béton armé : à l’adolescence, elles sont quasi indissociables des personnes allistes… ou presque. Car la société repère souvent qu’elles sont atypiques. Sans savoir exactement pourquoi.

Plusieurs travaux suggèrent que les femmes autistes recourent davantage au camouflage social. Une étude publiée en 2021 conclut que les données disponibles vont globalement dans ce sens, tout en soulignant le coût quotidien de ces stratégies. Plus récemment, dans une étude portant sur 502 adultes autistes, les femmes rapportaient davantage de camouflage que les hommes dans les trois dimensions mesurées.

L’hypothèse du HPI

L’autre cas typique concerne les personnes à HPI. Certaines hypothèses cliniques suggèrent que des capacités cognitives élevées pourraient faciliter l’apprentissage de stratégies de compensation. Le lien direct entre quotient intellectuel et masking reste néanmoins débattu et ne fait pas aujourd’hui l’objet d’un consensus scientifique.

Ce masking reposerait sur plusieurs mécanismes. Le premier est la capacité aux enfants à HPI à repérer rapidement les règles implicites. Sans forcément les comprendre, ils arrivent plus facilement à les assimiler et les suivre aveuglément.

Leur mémoire est souvent plus forte, ce qui permet une meilleure mémorisation des règles de la communication non verbale et verbale, et parfois la conception des scripts sociaux. Ils montrent aussi parfois une plus forte métacognition, à savoir la capacité à comprendre ou au moins se questionner sur leur différence, et donc à l’apprivoiser et la cacher.

Surtout, beaucoup d’enfants à HPI sont assimilés à des personnes très intelligentes, envers lesquelles la tolérance à leurs difficultés est moins élevée, ce qui peut les pousser à mieux compenser.

Ce dernier point, il a énormément compté quand je grandissais : j’étais toujours supposé savoir comment agir (même quand c’était mal mais socialement accepté), comment me comporter, comment réussir. Je me souviens des premiers instants où j’ai masqué (mal) : une jeune fille m’avait félicité pour un dessin réussi à l’école primaire. J’ai répondu : « je sais » (au lieu de « merci ») mais j’ai ensuite commenté le sien alors qu’il n’était pas si beau que ça. J’ai aussi essayé de porter des vêtements et bracelets correspondant à ceux d’un petit groupe, sans succès. 

De mes 5 ans jusqu’à mon premier burn-out autistique, j’ai masqué constamment. Je voyais bien que quelque chose clochait, mais je ne savais pas quoi. 

Donc je copiais. 
Je « caméléonais », comme je le disais à quelques personnes très proches.

Les signes que l’on masque

Si l’on se fie aux témoignages, on retrouve de nombreux éléments. 

Un comportement adaptatif

Le premier, on l’a carrément demandé à ma mère lors du passage de l’ADI-R : me comportais-je de la même manière en famille qu’avec mes amis ? Moi, j’avais la réponse (et elle m’intriguait). Et ma mère aussi, en fait. Oui, j’agissais différemment selon si j’étais en famille ou avec mes amis. Au début, je croyais aussi que j’agissais différemment selon les groupes d’amis (on m’a dit que non). 

La raison était simple : en famille, j’avais appris à compenser, mais pas tant que ça. Ce n’était pas forcément nécessaire pour qu’on continue de m’apprécier ou me tolérer. Avec les amis, c’était autrement différent. J’avais dû apprendre les codes sociaux et donc apprendre à me comporter différemment avec eux pour me faire accepter. Et ça marchait. À ma grande surprise.

Se sentir soulagé lorsqu’on est seul

Dès lors que j’étais seul, je « redevais autiste ». En fait, même Tony Attwood (longtemps considéré comme l’expert du syndrome d’Asperger, quand le diagnostic existait encore) explicitait dans son livre que « laissez un autiste seul dans sa chambre, il ne paraît plus autiste ».

Les interactions sociales épuisantes 

Plus on sociabilise, plus on s’épuise. Et plus on va avec l’âge, plus on sent le coût de ces interactions. J’ai commencé les siestes à l’âge adulte. En fait, c’est parce qu’avant, je ne faisais pas de sieste. Je faisais un shutdown

Mais surtout, les interactions sont devenues de plus en plus coûteuses. Interagir en étant enfant, c’est généralement suivre les règles d’un jeu. Adolescent, c’est intégrer les discussions émotionnelles et plus de conventions sociales. Adulte, ce sont les difficultés sentimentales, identitaires, émotionnelles.

Agir dessus devient de plus en plus compliqué et on se fatigue de plus en plus. Aujourd’hui, je sais qu’un long appel m’envoie directement au shutdown. Avant, je ne passais pas d’appel, c’était plus simple.

Analyser les interactions après-coup

On l’a déjà évoqué mais il tient sa place ici. Lorsqu’on réalise que les autres ne réfléchissent pas à deux fois en interagissant et encore moins ne ressassent les interactions passées en boucle jusqu’à l’épuisement, on réalise qu’il y a un souci.

Ne plus savoir ce qui est naturel

Je n’ai jamais réellement vécu ça mais beaucoup de personnes autistes relatent ne plus savoir ce qui est identitaire ou acquis. Elles peuvent alors se questionner sur leur propre identité ou personnalité. Certaines femmes sont même diagnostiquées à tort un trouble de la personnalité borderline, trouble qui affecte justement les questions d’identité.

Un burn-out ou un autre événement peut alors parfois mettre en lumière ce « symptôme » et soulever des questions chez les personnes concernées.

BD de 4 cases : personne qui masque dans diverses situations, et qui ne masque plus quand elle est seule

Les avantages et les inconvénients 

Le masking social n’est pas toujours qu’uniquement défavorable à la personne autiste.

En quoi c’est utile

Construire des relations

La société est telle qu’elle est : constituée à majorité de personnes allistes. Masquer, dans ce cadre, peut s’avérer nécessaire et souvent inévitable si l’on veut pouvoir développer des relations, amicales ou romantiques. Il peut s’avérer utile de masquer, puis de progressivement montrer son vrai jour, auprès des autres, dans le but d’interagir puis peu à peu, construire une relation plus stable.

Je mentirais en expliquant que c’est ce qui m’est arrivé… en majeure partie. J’ai construit certaines de mes relations les plus chères en étant en plein épisode hypomaniaque. Et j’en ai construit d’autres en masquant comme je le pouvais, mais en montrant aussi qui j’étais. Parfois sans m’en rendre compte.

Dans le cadre romantique, même si cela me peine de dire ça, beaucoup de relations n’existent que parce que la personne autiste a masqué ses particularités lors du premier contact. Certains y arrivent sans y avoir recours, mais beaucoup en sentent le besoin. Je me suis moi-même demandé si ce n’était pas une forme de mensonge, mais dans ce cas, le mensonge serait-il universel ? Même les allistes masquent une partie d’eux-mêmes quand il s’agit de séduction, de dating, ou de romance.

Mieux s’intégrer professionnellement

Franchir l’entretien d’embauche

Dans un cadre professionnel, le masking est quasiment un passage obligatoire. Encore une fois, certains parviennent à décrocher un poste sans y consentir. J’en suis un exemple car j’ai décroché quatre postes dans ma vie en répondant — ce que je décris comme — n’importe quoi pendant les entretiens d’embauche : surestime de soi, mauvaises réponses aux questions classiques, mauvaise tenue, comportement atypique. 

Et pourtant, ça a marché. 
Au début.
Depuis, ce n’est plus le cas. 

Malgré des compétences en béton, le marché est trop sélectif et fermé à certains diplômes, et je rate systématiquement les entretiens.

Adapter son comportement au travail

Le masking, dans ce cadre, devient souvent presque obligatoire. Il faut apprendre à se tenir, parler, réagir, répondre, trahir ses comportements. Et c’est la dure loi du marché.

Mais de plus en plus, les entreprises s’ouvrent aux neuroatypies, notamment dans les entreprises américaines, car la France reste très en retard dans la prise en charge des handicaps. Cela dit, on peut remercier la MDPH de faire ce qu’elle peut pour améliorer les conditions des personnes en situation de handicap.

Il s’agit aussi de limiter ses infodumps ou contrôler son tour de parole, ou encore adapter son langage au niveau de son interlocuteur. C’est quelque chose qui m’a pris du temps. À peu près jusqu’à mon école d’ingénieur où j’ai enfin réussi à discuter de la programmation de la bonne manière avec mes amis que j’aidais dans leurs travaux.

Réduire les réactions négatives

Pour beaucoup d’enfants autistiques, quand bien même le masking serait coûteux, il équivaut aussi à la réduction ou à la suppression des réactions négatives : moqueries, stigmatisation, et harcèlement. Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2022 estime qu’environ 47 % des personnes autistes ont subi du harcèlement, même si les résultats varient fortement selon les études. Dans l’hôpital où j’ai été diagnostiqué, on m’a expliqué que ce serait plus proche de 100 % si les autistes avaient conscience d’avoir été harcelés.

Je peux en attester. J’ai été harcelé au collège et en études supérieures sans le savoir. À chaque fois, un ami m’en a fait part longtemps après, pensant que je le savais. Moi, je rigolais avec l’autre en pensant qu’on s’amusait, même si je comprenais mal pourquoi j’étais la seule victime de ces moqueries. J’avais foi en l’autre. À tort.

Des adultes autistes interrogés dans une étude qualitative décrivent le masking à la fois comme une source d’épuisement et comme un moyen d’accéder à certains espaces sociaux ou de se protéger. Le masking était souvent perçu comme nécessaire à la survie dans ce monde non façonné pour les personnes autistes.

Et en quoi c’est nocif

Un masking qui conduit à ne pas paraître authentique

Le masking, lorsqu’il est poussé à l’extrême (et parfois moins), peut amener à des situations compliquées. Après mon premier burn-out autistique, j’ai commencé à démasquer. Cela a surpris tous mes amis qui se sont mis à me sortir le typique « mais tu n’étais pas comme ça avant ». Et ils avaient raison. À leur décharge, je m’étais toujours présenté sous un jour que même moi je comprenais mal. Quand j’ai arrêté de masquer, ils ont appris à connaître l’authentique Flo.

Certains ont quitté mon cercle de proches.
La plupart ont accueilli cette nouvelle version. Parfois en s’en amusant (gentiment, et j’adore ça), souvent avec complicité et bienveillance.
J’ai eu mes difficultés avec tout le monde, mais ça s’est résorbé. Malgré ce burn-out autistique qui a saccagé ma façon de vivre au quotidien (et j’ai un trouble bipolaire qui s’en occupe déjà très bien).

Une étude menée auprès de 342 adultes autistes a confirmé cette sensation de perdre en authenticité, ainsi qu’à davantage de traumas, d’anxiété et de symptômes dépressifs.

Quand le masking conduit au burn-out autistique

Le principal souci du masking, c’est que lorsqu’il se prolonge beaucoup trop, il conduit au burn-out autistique. L’étude la plus souvent citée sur le burn-out autistique classe le masking autistique parmi ses facteurs de risque les plus importants (Raymaker et al.)

J’ai fait partie de ces statistiques. J’avais 25 ans lors de mon premier burn-out autistique. Et j’avais 27 ans lors du second. Et 28 lors du troisième. Car j’ai systématiquement repris mon masque. Le cercle vicieux s’est arrêté autour de mes 29 ans quand j’ai appris à accepter mon autisme, plutôt qu’à le rejeter. J’ai traversé une phase d’unmasking intense à ces alentours, et a causé la rupture de quatre amitiés que je jugeais importantes. Par chance, toutes se sont manifestées comme de mauvaises relations (si j’en crois mon entourage qui valide ma pensée). Donc je n’ai rien perdu.

Le retard du diagnostic

La plupart des personnes autistes diagnostiquées tardivement l’ont été parce qu’elles ont mis en place un solide masking social très tôt, qui s’est tellement développé qu’elles sont devenues difficilement détectables. C’est une des raisons qui a conduit à la création des centres experts (notamment les CRA) en France, spécialisés dans le diagnostic des cas complexes.

Des besoins non satisfaits

L’un des problèmes du masking, c’est que la personne concernée passe souvent son temps à satisfaire les besoins des autres. Elle se plie à leurs exigences sociales et en oublie de satisfaire les siennes.

Qu’il s’agisse de besoins sensoriels, émotionnels ou sociaux, la société s’adapte très mal à elle et elles se retrouvent donc avec des besoins rarement (ou jamais) satisfaits.

Comment réduire son masque social sans s’isoler ?

Ce qu’on comprend, c’est que le masking n’est pas toujours néfaste. Il peut avoir ses utilités mais il convient de s’en séparer au maximum pour ne pas sombrer dans l’épuisement total.

Illustration d'une personne protégée sensoriellement dans une situation sociale

Identifier ce qui coûte le plus

Les différentes formes de masking ne sont pas toutes aussi coûteuses. Sourire par politesse ne demande pas la même énergie qu’une accolade ou une bise.

À l’inverse, supporter une charge sensorielle peut demander une énergie substantielle. Avec le temps, j’ai appris à refuser certaines sorties : les bars, certains restaurants, les festivals, les boîtes. Bref, tout ce qui implique un bruit constant très puissant. Et pourtant, ce qui me fatiguait, ce n’était pas la musique d’ambiance : c’était le bruit de la population intérieure à l’événement. La musique éclipsait ce bruit.

Exprimer ses besoins

C’est possiblement la partie la plus difficile pour les personnes autistes : parler de ses besoins ou demander de l’aide. Je ne sais pas comment les autres font, mais je ne peux pas porter mon casque à réduction de bruit active en présence d’autres personnes. Simplement parce que je n’entendrais plus le bruit… mais je n’entendrais plus l’autre non plus. Et j’ai beau avoir cessé autant que possible le masking, j’ai toujours peur du regard des autres avec mon casque sur mes oreilles.

Il existe des solutions : des bouchons d’oreille ou des dispositifs spécifiques dédiés à la réduction de bruit qui maintiennent le son des discussions (je pense aux Loop Earplugs par exemple).

Avec le temps, j’ai appris à refuser la bise et surtout refuser les câlins avec les personnes avec qui je n’étais pas assez à l’aise ou mes sensibilités sensorielles m’empêchaient simplement de le faire.

Le problème n’est pas que les personnes autistes s’adaptent. Tout le monde le fait. Le problème apparaît lorsque cette adaptation devient permanente, inconsciente et si coûteuse qu’elle finit par faire disparaître les besoins de la personne elle-même.

Le masking n’est alors plus une stratégie sociale. Il devient une stratégie de survie. Et lorsqu’on survit trop longtemps en portant un masque, on finit parfois par oublier le visage qu’il recouvre.

Je parlerai plus en détail de l’histoire de mon masque social, de sa mise en place jusqu’à son effondrement, dans un article dédié.

Si ces mots t’aident à te comprendre, tu peux soutenir le projet ☕Buy Me a Coffee

Par Florent

Flo, développeur et cinéphile. Autiste et bipolaire, je partage ici mes cycles, mes passions et mes découvertes sur la neurodiversité.

S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent