Un shutdown autistique peut survenir lorsqu’une accumulation de stimulations sensorielles, cognitives et sociales dépasse les capacités de traitement de la personne. Le cerveau aralentit alors brutalement : parler devient difficile, les décisions les plus simples deviennent impossibles et le corps peut continuer à avancer en mode automatique. En juin 2026, à Paris, s’est tenue la VivaTech, une sorte de mini CES française. J’attends plutôt avec impatience, dans l’idée de déposer des CV et potentiellement décrocher un job. C’était sans compter un shutdown massif qui s’est produit avant même que je ne rentre dans le salon.
J’ai déjà plusieurs fois évoqué mes crises autistiques, mais j’ai pensé que celle-ci était particulièrement intéressante parce qu’elle s’est déclenchée très vite, sans que je ne le réalise.
Le jour J, je vaque à mes routines quotidiennes, je me prépare comme il faut… ou tout du moins comme je le présume. C’est le moment où se pose le premier problème. Je n’ai jamais participé à un salon comme celui-ci mais j’abandonne le jean et la chemise tant il fait chaud.
Première surcharge cognitive : me perdre en arrivant à VivaTech
Je me mets en route vers midi pour passer l’après-midi. Le deuxième problème : je ne me suis jamais rendu à la Porte de la Villette, où se tient le salon. J’arrive donc en métro, sors avant d’être face à un calme absolu. Je vois bien un regroupement plus loin mais aucune information sur le salon. Je fais deux fois, trois fois le tour avant de chercher des itinéraires sur le site officiel. Mais l’itinéraire me donne un autre point auquel je n’arrive pas à accéder.
Demander de l’aide, un effort supplémentaire
La panique monte, sans que je ne le comprenne tout de suite et j’appelle donc ma mère pour qu’elle m’aide. Erreur : elle réagit en s’énervant comme les gens s’énervent souvent quand je leur demande, alors que cette demande d’aide m’est déjà très coûteuse.
Je raccroche.
Je rentre dans le métro à nouveau pour y reprendre par la sortie correcte.
Déjà à cet instant, je commence à tourner en mode totalement automatique : là où beaucoup de personnes allistes verraient un simple contre-temps ou auraient envisagé un autre chemin, moi, je viens de déployer un maximum d’efforts que j’aurais pu éviter, et qui ont déclenché une très forte fatigue.
Les premiers signes du shutdown : fonctionner en mode automatique
Je ne réfléchis plus du tout à ce que je fais : un brouillard mental s’est installé, et je dois en plus composer avec un trajet mal indiqué, et une horde de milliers de personnes, des panneaux et des signalisations multiples qui se contredisent. J’ai encore mon casque pour étouffer les bruits et je réussis enfin à rentrer dans le salon par « chance » en ayant suivi le mouvement de foule.
À l’intérieur de VivaTech : la surcharge sensorielle
J’avance, toujours dans le flou, me sentant envahi de plus en plus par la quantité de stands de tailles différentes : parfois de simples panneaux avec quelqu’un pour présenter une startup, parfois un panel plus grand et d’autres fois encore de gigantesques stands comme celui de Samsung avec ses murs animés. C’est joli, mais je comprends mal ce qui m’arrive. Je ne sais plus où aller et je ne fais que errer sans explications ou instructions précises à suivre.
Je remarque que je n’arrive plus à parler, notamment quand je croise deux jeunes femmes qui bloquent mon chemin, et que je pousse gentiment mais inconsciemment. Impossible de m’excuser pour demander le passage.
Quitter le salon après seulement cinq minutes
Finalement, je sors du salon de manière totalement automatique. J’ai dû y rester cinq minutes. Et je reprends le chemin inverse en essayant de m’orienter (j’expliquerai les problèmes d’orientation dans un futur article), parviens au métro complètement surchargé, les larmes aux yeux. Je n’ai qu’une idée en tête : aller me réfugier dans un bar calme, prendre une petite boisson, car j’ai peur de m’effondrer avant d’arriver chez moi.
Dans le métro, un homme a choisi de s’accaparer deux places assises avec son manspreading de personne mal éduquée. Problème : le tissu de son t-shirt me brûle le bras à chaque fois que le métro est en mouvement. Mes hypersensibilités sensorielles sont en éruption. Et me lever pour éviter cette torture ne me vient pas à l’esprit. Avec le recul, j’aurais peut-être empiré l’événement en m’épuisant encore plus.
Comprendre les causes de mon shutdown autistique
Je finis par sortir du métro et comprends que je viens de subir un shutdown. Le plus important shutdown que j’ai fait depuis des mois. Moins impressionnant de l’extérieur (car j’étais en mode automatique et pouvais me mouvoir, même si je n’en avais pas conscience), mais plus intense à l’intérieur. Et je n’avais aucun moyen de m’isoler.
Si on remonte le fil conducteur, je peux imaginer que la chaleur et la transpiration excessive de ce mois de juin à Paris avaient décidé de mon sort. Le reste est de l’histoire : chaque problème en plus était une stimulation en plus pour mon cerveau et mon corps.
Être perdu et chercher mon chemin : surcharge cognitive.
Ne pas savoir s’orienter, un imprévu : surcharge cognitive
Monde présent au salon : surcharge sociale et sensorielle.
Après le shutdown : une récupération encore perturbée
Le bar, nouvel imprévu
En sortant du métro, je sens que je reviens peu à peu à moi mais ne parviens toujours pas à parler. Je me dirige vers mon bar habituel… fermé. J’étais à deux doigts de repartir en crise si mon autre bar habituel n’avait pas été ouvert. J’achète des clopes pour me détendre (alors que je ne fume quasiment jamais) et ma pinte d’IPA, le tout avec le peu de mots que j’arrive à sortir de ma bouche.
Le cinéma, mon havre de paix corrompu
Le shutdown prend peu à peu fin, et je vais donc au cinéma profiter d’un film que j’attendais depuis longtemps, Backrooms. Séance catastrophique : téléphones allumés, personnes qui discutent constamment. Je pense à sortir de la salle mais ça impliquerait de passer à travers des sièges tous pris car la séance est complète. J’arrive néanmoins à profiter un peu du film et rentre finalement chez moi pour m’écrouler et dormir plus de 14 heures d’affilée.
Les shutdowns ne sont jamais agréables pour la personne autiste. Mais ils sont souvent une mesure de sûreté du cerveau pour fuir une surcharge impossible à traiter. Cette fois, la journée n’était qu’une accumulation d’imprévus et de stimulations sensorielles trop importantes pour ma capacité à les gérer.


